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[archive cinéma]
Angel

genre: divers


réalisateur
François Ozon
comédiens
Romola Garai, Lucy Russell

  • Sortie le 14-03-07

critique
+++_ Divin Angel

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[critique]

+++_ Divin Angel

par Marianne Schönwasser le 12-03-07

L'image de la femme chez Ozon avait, ces dernières années, de quoi franchement terrifier. Et on se demande bien ce qui a pu piquer Paris-Match qui n'hésite pas à proclamer en accroche d'un papier consacré au metteur en scène qu'il "magnifie, (...) sublime" ses héroïnes. Rarement on aura vu Ludivine Sagnier, Catherine Deneuve ou Virginie Ledoyen plus mal filmées que dans "8 Femmes", où Ozon s'amuse à parer quelques actrices de toutes les qualités morales possibles, du mensonge à la frustration en passant par la fourberie. On se souviendra également de "Swimming Pool" qui mettait en scène une bimbo et une frustrée dans un rapport sans grand intérêt. Il faut remonter à "Sous le sable" pour se souvenir qu'Ozon a su dresser de jolis portraits de femmes qui ne suintent pas la cruauté, voire la méchanceté.

Autant dire que quand on a su que le metteur en scène de Sitcom s'attaquait à une adaptation d'"Angel", le roman d'Elizabeth Taylor (pas l'actrice, la romancière anglaise), nos oreilles de jeune femme ont méchamment sifflé. Qu'allions-nous encore nous prendre dans les dents? Car "Angel" constitue sans doute la plus antipathique des héroïnes "tayloriennes". Jeune femme issue d'un milieu modeste dans l'Angleterre du début du siècle, Angel oublie ses origines prolos dans son goût pour l'écriture. Mais attention : Angel n'a aucune culture littéraire, d'ailleurs, sûre de son bon droit, elle ne lit pas et écrit des bluettes au syle alambiqué qui nécessiterait immédiatement l'intervention de la brigade du bon goût littéraire. Une sorte de Barbara Cartland avant l'heure, la richesse lexicale en plus... Sauf que ces fadaises écrites à l'encre trempée dans la grenadine cartonnent et Angel se retrouve vite propulsée de son statut de petite provinciale mal dans son milieu à celui de star de la scène londonienne dont elle a toujours rêvé.

Etrangement, il s'avère que François Ozon adoucit considérablement le caractère d'Angel par rapport à l'oeuvre originale. Alors qu'Elizabeth Taylor décrit une jeune femme reptilienne, hermétique aux sentiments si ce n'est ceux de ses héros de papier, indifférente au monde sauf celui qu'elle bâtit au gré de ses pages, seulement obnubilée par sa réussite, à la confiance en soi inébranlable, Ozon taille quelques failles dans cette mécanique à l'inquiétante froideur. Mieux, il l'humanise. Certes elle est toujours aussi tête-à-claques, mais semble capable de souffrir.

La mise en scène fait corps avec la psychée de son héroïne. Angel imagine des vies rêvées pour ses héroïnes? Soit, Ozon fait évoluer Angel dans le monde de carton pâte sur lequel elle-même fantasme. Avec l'ironie qui lui est propre, certes, mais non sans tendresse. Ainsi, une promenade dans Londres en calèche reprend-t-elle les codes visuels des promenades en ville idéalisées comme le spectateur a pu les voir par exemple dans "Vacances Romaines" ou "La Main au collet". Avec sa mise en scène flamboyante, il rapproche Angel des grandes héroïnes telles Scarlett O'Hara ou Sandra Dee dans "Mirage de la vie" de Douglas Sirk. En rendant hommage à tous ces grands moments du 7ème art, Ozon offre à Angel le plus beau des cadeaux : la faire rentrer au Panthéon des mythes qui l'ont faite rêver.

Surtout, Ozon pose magnifiquement une question toujours d'actualité : réussir sans aucun talent, n'est-ce pas déjà une forme de talent ? Il semblerait qu'avec cet "Angel" admirablement réussi, on ne puisse répondre que par oui...