genre: divers / durée: 1h58
Emmanuele Crialese
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Si l'exode m'était conté...
par Marianne Schönwasser le 24-03-07
Salvatore en a assez. Assez de cette Sicile du début du vingtième siècle où la rocaille n'assure que de maigres récoltes. Assez de trimer toute la journée pour une vie de misère. Alors quand lui parviennent des cartes postales des Etats-Unis où les carottes géantes côtoient des arbres lourds de pièces d'or, il n'hésite pas. Prenant mère et enfants sous le bras, ce veuf ténébreux décide de partir à la conquête du Nouveau Monde. Sur le bateau en partance pour New-York, il croise la route d'une étrange jeune femme, Lucy.
C'est l'aventure de cet exode que nous conte Emmanuele Crialese. Une odyssée pleine d'onirisme, puisque les visions de Salvatore se succèdent, dans lesquelles les USA n'ont rien à envier au pays de cocagne. Pourtant, aucun angélisme dans cet aller sans retour.
Ainsi le metteur en scène nous épargne-t-il, lors de l'arrivée à Ellis Island, un quelconque plan sur la statue de la Liberté. Plan qui constitue pourtant un classique du genre. Dans "Golden Door", point de statue de la Liberté, car de la liberté, Salvatore et les siens vont se rendre compte qu'il en est peu question. A Ellis Island, lieu d'arrivée des migrants, ils vont vite constater que ce ne sont pas eux qui choisissent les USA, mais bien l'inverse. Loin d'une arrivée idéalisée, Crialese consacre une large partie de son film à décrire les batteries de tests que doivent subir les postulants à la Golden Door US. Lesquels tests n'auraient sans doute pas été reniés par les tenants de l'eugénisme.
Dès lors, l'odyssée est vécue comme un cheminement vital à l'envers. Parti homme de la Sicile, passé par une sorte d'immense matrice (le paquebot dont les bruits sourds peuvent rappeler ceux perçus par le foetus dans le ventre maternel), Salvatore redevient un être vierge qui doit tout désapprendre pour être intégré à une société dont les codes diffèrent foncièrement de celles en vigueur sur le continent.
Dans ce tunnel vers le Nouveau Monde, un seul guide, aussi évanescent que fragile : Lucy, cette jeune femme étrange dont le prénom signifie " lumière ". Lucy, qui, effectivement, symbolise la seule lueur d'espoir dans ce monde terriblement violent auquel Salvatore est nouvellement confronté. A l'instar d'Aragon, Crialese semble lui aussi penser que la femme est l'avenir de l'homme.
Réalisateur italien, né à Rome. En 1995, il sort diplomé du département cinéma de l'Université de New York. Trois ans plus tard, il réalise son premier long métrage en anglais, "Once We Were Strangers", où il questionne la pertinence du rêve américain en cette fin de siècle. En 2002, il retourne dans son pays natal pour son second long métrage, "Respiro" qui prend pour décor une petite île au sud de la Sicile, Lampedusa. En 2007, en hommage à l'histoire de son pays, il réalise "Golden door", une fable moderne qui se déroule encore en Sicile, au début de 20 ème siècle, avec son acteur fétic...
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