Share/Bookmark
[archive cinéma]
Irina Palm

genre: divers


réalisateur
image disponible Sam Garbarski
comédiens
Marianne Faithfull, image disponible Miki Manojlovic

  • Sortie le 09-05-07

critique
++__ sexe et sensibilité

Affiche Affiche Miki Manoljovic aussi émouvant que crédible dans la peau du maquereau attendri Miki Manoljovic aussi émouvant que crédible dans la peau du maquereau attendri Maggie (Marianne Faithfull) prête à tout pour sauver son petit-fils Olly (Corey Burke) Maggie (Marianne Faithfull) prête à tout pour sauver son petit-fils Olly (Corey Burke)

Forum
Soyez le premier à donner votre avis
[critique]

++__ sexe et sensibilité

par Anne Eyrolle le 06-05-07

Il n'y a pas de mauvais scénarios, il n'y a que des mauvais réalisateurs. "Irina Palm" en est témoin. Preuve que l'on peut réussir brillamment un film à partir d'une histoire promettant une succession de bons sentiments et de scènes caricaturales. Dans une banlieue minable de Londres, Maggie, la cinquantaine, n'a pour richesse que sa petite famille : un fils bourru mais attachant, une belle fille glaciale mais droite, et surtout un petit-fils adorable cloitré dans un lit d'hopital. Atteint d'une maladie rare, sa vie ne tient plus qu'à une opération seulement pratiquée à l'autre bout du monde, en Australie. Il faut des sous. Demander de l'aide aux voisins? Cela a déjà été fait, pour d'autres tentatives de soins. Puis chez ces gens-là, on ne mendie pas. On souffre en silence. On s'arrange comme on peut. Et pour Maggie, la seule solution qui finalement devient envisageable c'est la prostitution. Pénétrant pour la première fois de sa vie dans un club de sexe de Soho, la veuve y croit à peine. Elle n'a nul besoin de se comparer aux corps frais qui se déambulent sur scène pour savoir qu'elle n'est plus très belle. Mais elle a les mains douces : on lui propose la nouvelle installation japonaise qui fait fureur. Elle apprendra à masturber les sexes d'hommes qui s'enfileront dans un trou percé sur un mur. Et gagnera beaucoup d'argent. Du mélo pur jus, donc. Et pourtant, cela fonctionne. Mieux, c'est bouleversant. Sam Garbarski, qui signe ici son deuxième long après le remarquable " Tango des Raschevski ", réussit la prouesse de filmer un monde insalubre et pornographique avec pudeur. Pas un sexe à l'écran, juste des bruits, des lumières, des regards. Gabarski montre la réalité non dans ce qu'elle est, mais à travers les effets qu'elle provoque chez ceux qui la subissent. Pas de psychologie abusive pour autant. Garbarski laisse leur mystère et leurs silences à ses personnages, toujours délicat, courtois pourrait-on dire. Cette humanité dans la réalisation rejailit dans l'interprétation de tous les comédiens. Marianne Faithfull d'abord, qui émeut sans en faire jamais trop. Elle se contente d'être cette vieille femme pour qui l'amour n'a jamais existé que dans la filiation. Des hommes, il y a longtemps qu'elle n'en attend plus rien. Alors, que ce Miki, propriétaire du Sexy Club, puisse être bouleversé par sa nature douce et entière, elle n'ose pas le croire. Entre les mains de Marianne Faithfull et de Miki Manojlovic, cette histoire d'amour improbable trouve une jolie justesse, même si ce n'est pas le plus grand intérêt du film. On l'a dit : la force de " Irina Palm " n'est pas dans le scénario, mais dans la réalisation et dans le jeu, aussi pudiques que réalistes. Fait rare dans des films aux héros si imposants, les personnages secondaires existent vraiment. Kevin Bishop est émouvant aux larmes, dans le rôle du fils maladroit et aimant presque malgré lui. Jouant la belle-fille, Siobhan Hewlett est vraie, sincère. Attachante en dépit d'une nature très dure, à l'image du film lui-même. Sur fond de musique lancinante et désespérée, l'émotion avance, lentement, subtilement. Justement.

[bio]
réalisateur: Sam Garbarski
Sam Garbarski

Réalisateur. Né en Allemagne en 1948, il vit à Bruxelles et a la nationalité belge. Après avoir dirigé une agence de publicité pendant 20 ans, il a commencé à réaliser des pubs en 1997. Il en a réalisé plus de 50 dont certaines ont remporté des prix à Cannes, New York et Londres. En 1999, il réalise son premier court-métrage, "La dinde", suivi, en 2000, de "La vie, la mort, le foot" et "Joyeux Noël Rachid". Son premier long métrage "Le dernier tango des Rashevski" (2004) a été présenté dans de nombreux festivals et lui a valu le Grand Prix de la Municipalité au Festival du film de Jérus...

[lire la suite]