[archive cinéma]
Made in Jamaica

genre: divers


réalisateur
Jérôme Laperrousaz
comédiens
Capleton, Bunny Wailer

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  • Sortie le 13-06-07

critique
- L'Histoire façon MTV

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[critique]

-___ L'Histoire façon MTV

par Anne Eyrolle le 11-06-07

Revenir en terre de Bob Marley pour faire découvrir les origines du Reggae et ses héritiers : le projet était plutôt honorable. Il y avait là de quoi toucher le plus grand nombre, depuis les fans, ravis d'entendre chanter et s'expliquer leurs idoles, jusqu'aux novices sans doute contents de découvrir que cette musique née dans la pauvreté et la révolte ne se limite pas à des dreadlocks dégoulinant sous un bonnet en tricot, l'odeur du cannabis et des refrains soporiphiques.

Vu sous cet angle purement didactique, "Made in Jamaica" n'est pas raté. On découvre bel et bien les têtes d'affiche burinées du bon vieux Reggae d'antan (Bunny Wailer dans le rôle de l'ultime survivant) et les looks surchargés de la jeune génération du Dance Hall. Sauf que l'objectif du réalisateur n'était pas là. Dans ses notes d'intentions, Jérôme Laperrousaz insiste : il veut mettre en scène ce qu'il appelle des "portraits affectifs". Il vise à révéler "la puissance de la charge émotionnelle et le travail artistique hors du commun de (ses) personnages". Noble intention, en effet. Celle d'un bon réalisateur de docu qu'il est, d'ailleurs. Sauf ici. Il a beau interrompre les passages musicaux -de quoi rendre dingues les fans qui veulent écouter leurs stars- en y intégrant des monologues de chanteurs, ça ne passe pas. Si "charge émotionnelle" il y a, elle est du poids d'une fumée de cannabis. Un léger voile qui fait perdre la vue d'ensemble.

Les conversations sonnent trop souvent creux pour nous empêcher de penser que, passé le laïus sur la terrible rage qu'ils ont nourrie dans les rues sales de leur Kingston natal, ces gens-là n'ont rien à dire. Une pensée gênante, presque honteuse mais que la réalisation, très plate, peine à écarter. Paradoxalement, "Made in Jamaica" qui comptait dire le vrai sur un mouvement musical mal connu ne s'élève jamais au dessus des caricatures qu'on lui colle. Des mini shorts moulés sur des courbes noires et sculpturales qui s'agitent autour de types accroupis sous le poids de leur chaînes en or et grognant ce qui semble être un chant de colère, tout en secouant les mains comme pour se débarrasser des bagues trop chargées de faux diamants : c'est lourd. Malsain, voire. En tout cas incapable d'éveiller la moindre compassion pour ces jeunes qui assurent avoir quelque chose à dire. Et l'on a comme l'impression d'être branché sur MTV à l'heure où sont encore debout seuls les insomniaques. Et les adulateurs de Dance Hall. C'est déjà ça, certes. Mais plaire à une minorité est-il l'objectif d'un documentaire?