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[archive cinéma]
Naissance des pieuvres

genre: divers


réalisateur
Céline Sciamma
comédiens
Pauline Acquart, Louise Blachère, Adèle Haenel

  • Sortie le 15-08-07

    infos: Genre : Drame. Durée : 1h40


critique
++__ Le plus douloureux âge

Affiche Affiche Floriane (Adèle Haenel), Anne (Louise Blachère), Marie (Pauline Acquart) : trois visages d'une adolescence tourmentante et tourmentée. Floriane (Adèle Haenel), Anne (Louise Blachère), Marie (Pauline Acquart) : trois visages d'une adolescence tourmentante et tourmentée.

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[critique]

++__ Le plus douloureux âge

par Anne Eyrolle le 01-08-07

Qui peut dire se souvenir tout à fait de son adolescence? Des souvenirs de voyage, d'amitié, de flirts ou d'examens : évidemment, tout le monde a en tête quelques images de cette période sans frontière exacte. Mais les sensations, les tourments, les peurs, les désirs, les malaises? Le rapport au temps, à son corps, à l'avenir, aux filles du même âge et qu'on trouve plus femmes, aux garçons à peine plus vieux et qui impressionnent ? En un mot, tout ce qui se passe en soi dans cet entre-deux temps flottant, qui peut dire s'en souvenir tout à fait ? On se l'était juré, pourtant : "je n'oublierai pas ce que je pense et ressens maintenant ni comment je raisonne, de façon à toujours comprendre les jeunes, moi, quand je serai adulte". On y tenait, et puis le temps a fait son travail : on a oublié.

Avec son premier film, Céline Sciamma sait nous rendre immédiatement les tripes adolescentes, celles qui se tordent d'une douleur sourde et incompréhensible. Après "La Boum" peut-être, et "L'Effrontée" sans doute, "Naissance des pieuvres" réussit à rendre palpable l'intériorité de l'être parmi les plus insondables qui soient : la jeune fille au sortir de l'enfance. Et ce, avec une simplicité confondante. Le scénario, d'abord, enfantin : une amitié entre deux filles perturbée par l'arrivée d'une troisième, Marie, qui fascine Anne, le tout sur fond d'engouement pour la natation synchronisée. Sans prétention d'esthétique autre que naturaliste, la caméra de Céline Sciamma va à l'essentiel. A l'essence d'elles, voudrait-on dire. Comme les dialogues, réduits au minimum. Tout est dans la moue, les silences et les regards de ces jeunes filles - l'absence d'adultes facilite encore l'immersion dans l'adolescence.

Pour un tel film d'ambiance et épuré, le casting est d'une importance capitale : ici, les trois filles, novices, livrent chacune un jeu aussi différent que juste et généreux. Il faut croire que Céline Sciamma a aussi pour elle le don de faire pousser le talent en herbe : si l'on osait les comparaisons, on évoquerait le charme mélancolique de Vahina Giocante pour parler de Pauline Acquart, un air brut de Marilou Berry chez Adèle Haenel. Quant à Louise Blachère, la fragile, la complexe, l'ambiguë, difficile de ne pas retrouver en elle de la Charlotte Gainsbourg découverte par Claude Miller. Mais quelles que soient leurs sources -conscientes ou non- d'inspiration, ces filles là savent faire vivre l'image et, d'un regard, d'un mot faire vibrer l'adolescence en nous. Un premier film et les voici, comme Céline Sciamma, entrées dans la cour des grands.