[archive cinéma]
24 Mesures

genre: divers


réalisateur
Jalil Lespert
comédiens
Benoit Magimel, Lubna Azabal, Sami Bouajila

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  • Sortie le 05-12-07

    infos: Genre : drame. Durée : 1h22


critique
+___ Démesuré

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[critique]

+___ Démesuré

par Anne Eyrolle le 14-11-07

Un soir de 24 décembre, 4 personnages ont 24 heures pour régler son compte à leur destin. Helly, jeune mère paumée veut récupérer la garde de son fils. Didier, chauffeur de taxi déséquilibré, prépare ses adieux à son père mourant. Marie, jeune lesbienne coinçée, doit faire le réveillon avec sa mère odieuse. Chris, batteur de talent, s'apprête à jouer avec Archie Shepp, un vieil "ami de la famille"... De hasards en tristes coïncidences, ces quatre fragiles vont se croiser au fil d'une nuit chaotique, jamais pour le meilleur, parfois pour le pire, mais le plus souvent pour pas grand chose.

Ah le film choral! C'est le club sandwich du ciné, depuis deux-trois ans : une tranche de telle vie, une couche de telle autre, un lit de la salade de celui-ci, une tartine de celui-là, vas-y que je te serre le tout histoire de créer un minimum de contact entre les étages, et voilà le plat le plus vite fait et vite vendu du marché. Plus efficace, tu meurs. Certes, ce n'est pas le summum de la finesse, mais un vrai bon club sandwich de temps en temps ça se laisse déguster. De "21 grammes" à "Syriana" en passant par "Traffic" ou "Les chansons d'amour", la recette grossière offre parfois de grands moments.

Mais tout dépend de ce qu'on met entre les couches -la difficulté étant de garder le même niveau de qualité pour chaque tranche de vie- et de la sauce qui lie le tout. Dans "24 mesures", toutes les tranches de vie sont goûtues mais la sauce est bien trop liquide. La vie de Helly (excellente Lubna Hazabal) se laisse suivre avec intérêt, curiosité même. Sous les traits peu originaux de la prostituée baladée par le malheur, il y a une force tragique rare dans ce personnage au bord du gouffre. Mais à peine commence t-on à ressentir de l'empathie pour cette personnalité troublée, que Jalil Lespert nous entraîne ailleurs, avec Benoît Magimel en l'occurrence, dans la peau d'un grand instable qui a des comptes à régler avec son père. Personnage sombre, encore, et bien interprété, toujours, mais sur un scénario trop bref pour lui laisser le temps de l'exploration profonde. Avec Marie, la fille de bonne famille qui peine à assumer son homosexualité, puis avec Chris, le "musicien vengeur", même principe : des histoires fortes, des comédiens irréprochables, mais des apparitions trop étriquées, résumées pour entrer dans le format. Pour son premier long, Jalil Lespert réalise... plusieurs courts encore, mais en un.

Décevantes dans l'ensemble, si ces "24 mesures" valent quand même le coup d'être vues c'est moins pour leurs quelques instants forts (les quatre moments de crise, notamment celle qui explose entre Chris et Archie Shepp ou Marie et sa mère) que pour ce qu'elles laissent présager des talents de Jalil Lespert réalisateur et scénariste. Les portraits qui ici se chevauchent maladroitement sont intelligents, très justes ; Jalil lespert sait saisir le baptême de la vie adulte, cet instant fébrile et puissant où l'individu décide de prendre en main son destin quitte à y laisser sa peau. Cette mue brutale qu'impose parfois l'existence. Puis son jeune cinéma a une couleur dense (plus noire que noire en l'occurence), une image, brute et énergique, et une très bonne direction des comédiens. Oui, vivement que Jalil Lespert passe au long-métrage, au vrai. Peut-être une tétralogie qui développerait ces quatre portraits trop vite esquissés?