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[archive cinéma]
L'homme qui marche

genre: divers


réalisateur
Aurélia Georges
comédiens
César Sarachu, Judith Henry, John Arnold

  • Sortie le 09-01-08

    infos: Genre : drame. Durée : 1h22.


critique
+___ Viktor le malheureux

Affiche Affiche Viktor Atémian (César Sarachu) est Alexandre le Bienheureux, un grain en plus, le sourire en moins. Viktor Atémian (César Sarachu) est Alexandre le Bienheureux, un grain en plus, le sourire en moins.

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[critique]

+___ Viktor le malheureux

par Anne Eyrolle le 27-12-07

Viktor Atémian est un absolutiste. Dans sa vie, pas de compromis. Il écrit ce qu'il aime écrire, à son rythme. Tant que l'éditeur est satisfait, il publie, quand il posera des exigences ou émettra des remarques, Viktor le quittera. Il en va ainsi avec tous et pour tout : tant qu'on l'invite, il vient, mais il ne demande rien et donne tout autant. Attaché à rien, présent à sa seule existence. Si cet esprit tranchant lui vaut un temps le succès dans l'écriture, il provoque bientôt sa chute : pauvreté, rue, solitude.

La découverte d'un premier film est toujours impatiente : de quelle couleur sera ce nouveau regard de cinema? Avec quelles émotions se portera t-il sur quoi? Aurélia George offre cette heureuse surprise de proposer un univers cinématographique original, identifiable. Son écriture est comme sa caméra subjective : délicate, bienveillante et attentive à ses personnages. C'est déjà beaucoup.

Mais son histoire d'écrivain russe à jamais mal intégré peine à convaincre. Si, au moins, il s'agissait du portrait d'un artiste mal connu, cela suffirait à maintenir en alerte le spectateur curieux ou avide de nouvelles rencontres intellectuelles. Mais cette existence fade, ennuyeuse et -le plus agaçant- pétrie d'une prétention maniaque qui se targue d'absolutisme, n'a même pas pour elle la chance d'avoir été peu ou prou validée par une oeuvre intéressante. Niet.

Mais "L'homme qui marche" est aussi "Un film sur le temps qui passe" précise le programme. C'est effectivement la seule réalité à laquelle le spectateur peut s'accrocher : le passage du temps, du milieu des années 70 à la fin des années 80, dans Paris. Faute de moyens, la réalisatrice n'a pas osé la reconstitution de la capitale à la boulangerie près, mais elle se sort plutôt bien de ce piège temporel, grâce à une focale très longue (qui floute les fonds) et des gros plans sur des détails de décor, de costumes ou d'objets d'époque. Puis il y a la télé, pour nous rappeler l'élection de Mitterrand, la chute du mur de Berlin... Ce temps qui passe est, en effet, plutôt bien rendu même si l'on peut regretter que le film n'ait pas davantage assumé sa démarche historique. C'était, évidemment, par souci de se concentrer sur l'autre histoire, celle d'un homme pas comme les autres qui finira à la rue. Mais celle-là manque de densité, de relief. Aussi plate que le profil dégingandé de César Sarachu, elle glisse, très lentement, sans laisser véritablement de traces.