Share/Bookmark
[archive cinéma]
La fabrique des sentiments

genre: comédie


réalisateur
Jean-Marc Moutout
comédiens
image disponible Elsa Zylberstein, image disponible Jacques Bonnaffé, image disponible Bruno Putzulu
producteurs
Margaret Menegoz, Régine Vial

  • le 06-02-08

    infos: Genre : comédie dramatique. Durée : 1h44.


critique
+___ Violence des échanges en milieu tempéré

Affiche Affiche ... et ceux, comme Jean-Luc (Bruno Putzulu), avec lesquels c'est tout de suite trop beau pour être vrai... ... et ceux, comme Jean-Luc (Bruno Putzulu), avec lesquels c'est tout de suite trop beau pour être vrai... Il y a ceux, comme André (Jacques Bonnaffé), avec lesquels ça a d'abord du mal à passer... Il y a ceux, comme André (Jacques Bonnaffé), avec lesquels ça a d'abord du mal à passer...

Forum
Soyez le premier à donner votre avis
[critique]

+___ Violence des échanges en milieu tempéré

par Anne Eyrolle le 01-02-08

Milieu bourgeois parisien, Eloïse, 36 ans, est une brillante clerc de notaire promise à un très bel avenir professionnel. Manque l'amour. Faute de temps, faute de chance, faute de patience aussi. Alors, pour faire efficace, elle décide de s'en remettre au système du speed-dating, où hommes et femmes jouent le jeu de la rencontre à la chaîne, tout en décriant hypocritement cette vision industrielle des sentiments. La belle femme ne tarde pas à récolter des numéros de téléphone et des promesses de rendez-vous. Reste à faire le bon choix. Mais c'est quoi, justement, le "bon choix"? Un homme insaisissable, souriant, mystérieux et riche, façon prince charmant du Paris branché, ou bien un homme profond au risque de la noirceur, une promesse d'attention et de fidélité même si çà ne fait pas toujours bling bling avec lui?

Après le très remarqué "Violence des échanges en milieu tempéré", Jean-Marc Moutout revient sur le terrain sociétal, pour dresser un portrait grinçant de cette génération de trentenaires carriéristes au péril de leurs affects. Sa vision est d'une justesse impeccable, impossible de ne pas reconnaître une connaissance sous les traits de ce Jean-Luc, de cet André ou de l'héroïne. Jean-Marc Moutout fait de nouveau un travail d'une perspicacité sociologique étonnante. Et c'est terrifiant, glacial tant c'est vrai.

Les personnages, forts et complexes, sont autant d'opportunités rares offertes aux comédiens : Elsa Zylberstein montre tous les visages de cette femme aussi douée qu'éternelle insatisfaite, Putzulu est d'une crédibilité tout aussi remarquable. Mais c'est peut-être Jacques Bonnaffé qui retient le plus l'attention, touche d'humanité qu'on aurait tort de croire toute dévouée.

Mais la réalisation est trop froide et distante pour provoquer un gramme d'empathie, au moins de sollicitude. Le scénario et les personnages suffisent à provoquer l'effroi, pourquoi avoir persévéré, à renfort de caméra objective et lointaine ? On regarde ces arrangements pseudo-sentimentaux se faire et se défaire sans jamais se sentir interpelé dans leurs déboires. Moutout a un sens aigû de l'observation et de la démonstration, mais ici il semble avoir oublié un peu trop son spectateur.