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[archive cinéma]
Les Climats

genre: divers


réalisateur
Nuri Bilge Ceylan
comédiens
Nuri Bilge Ceylan, Ebru Ceylan

  • Sortie le 17-01-07

critique
+++_ Un coeur en hiver

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[critique]

+++_ Un coeur en hiver

par Marianne Schönwasser le 16-02-07

Un couple, Isa et Bahar, en vacances, au bord de la mer... Ils s'aiment. Ou tout du moins, ils en ont l'air. D'où vient alors cette impression de malaise ? Peut-être de ce plan rapproché sur Bahar endormie, la sueur qui perle à la naissance de son cou, et soudain, la silhouette d'Isa qui se rapproche, angoissante et amoureuse à la fois ; la sieste tranquille de Bahar qui se termine en hoquet, parce qu'un cauchemar est venu troubler ses songes. Pendant une heure et demi, il ne sera d'ailleurs question que de cela. Un couple qui ne sait plus bien s'il s'aime ou non, aux sentiments aussi variables que le chaud soleil d'Anatolie et les frimas cotonneux des montagnes turques auxquels ils les exposent.

Autant le dire tout de suite, "Les Climats" est un film du genre contemplatif. A Cannes où il était présenté, certains n'hésitaient pas à le comparer à Antonioni (l'auteure de ces lignes n'ayant vu - honte à elle !- que deux films de Michelangelo, elle ne se permettra pas de fournir un quelconque jugement sur le sujet...) Pendant une heure et demie, Ceylan étudie ces changements climatiques du coeur, parfois aussi impalpables qu'un souffle d'alizé (superbe scène du début entre Isa et Bahar sur un site archéologique, où, déjà, tout est dit), aussi inattendus que la neige en avril, aussi dévastateur qu'un cyclone. Ceylan devient le peintre naturaliste du (des ?) genre(s) humain(s), modifiant le fond de son tableau pour voir comment le sujet va s'y adapter. Avouons-le : c'est une façon poétique (enfin, espérons...) de dire que.. hum... il arrive qu'on regarde un peu sa montre. Mais bon, il en est de certains films comme des randonnées en montagne : aux moments de découragement, succède le plaisir de contempler ce que l'on a gravi, et, ma foi, c'est sacrément beau !

Beau et troublant. Car Isa et Bahar sont joués par Ceylan lui-même et Ebru, sa propre épouse dans la vie. Surprenante mise, non pas " en ", mais " au bord " de l'abîme, comme si le cinéma devenait un lieu pour sublimer son couple (ils ne sont pas les premiers cf Truffaut/ Moreau ; Cassavetes/ Rowlands ; Fellini/ Massina, etc...) mais aussi le mettre sciemment en danger. Du genre " je t'aime dans la vie, je te quitte à l'écran ". Et en même temps, Ceylan filme si magnifiquement son épouse qu'on ne peut y voir autre chose qu'un sublime déclaration d'amour qui conjure sur la pellicule, la peur de la séparation. Le coeur a ses raisons, tout comme il a ses saisons...

Jo.