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[archive cinéma]
Rome plutôt que vous

genre: drame psychologique


réalisateur
Tariq Teguia
comédiens
Samira Kaddour, Rachid Amrani, Ahmed Benaissa
producteur
Tariq Teguia
scénariste
Tariq Teguia

  • le 16-04-08

    infos: Genre : drame. Durée : 1h51


critique
+___ Rome, ville fermée

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[critique]

+___ Rome, ville fermée

par Marion Lafond le 08-04-08

Zina et Kamel tentent de fuir l'ennui et la violence du quotidien dans une Algérie dévastée par la guerre civile : voitures piégées, embuscades, opérations nocturnes des forces de police... Une guerre " lente " qui a causé 100 000 morts en un peu plus de dix ans. Tariq Teguia, dont c'est le premier long-métrage, dresse à travers leurs portraits celui de la jeunesse algérienne, à la recherche d'identité, sociale comme culturelle. Zina (Samira Kaddour) travaille dans un laboratoire, au grand dam de son père pour qui les femmes doivent rester à la maison. Kamel (Rachid Amrani), lui, déambule dans l'attente de papiers qui lui permettraient de fuir définitivement l'Algérie pour un avenir qu'il croit meilleur, en France, en Espagne ou en Italie (d'où le titre).

La plus grande partie du film se situe aux environs d'Alger, dans un " no man's land " entre l'urbain et le désert, près d'un port d'où partent des navires transportant des marchandises vers l'étranger. Un lieu où les maisons sont inachevées et que tous deux arpentent sans but, au milieu des décombres : une métaphore pour illustrer l'état d'esprit d'une génération désabusée, qui souhaite construire son avenir au sein d'une société moins archaïque et moins répressive, mais aujourd'hui rongée de l'intérieur. Car la violence, latente, est omniprésente, au détour d'une rue ou au bistro du coin, comme en témoigne cette scène, la seule parlante - au sens propre comme figuré - du film : les protagonistes, bavardant tranquillement, sont interrompus par un contrôle de police qui dégénère rapidement : questions indiscrètes, humiliations, insultes et brutalités. Une violence gratuite, absurde, un abus de pouvoir intolérable qui ne peut laisser de marbre le spectateur. Toute en pudeur et en sobriété, l'interprétation des jeunes comédiens renforce ce sentiment. Une scène forte, mais qui ne reflète pas l'ensemble du film. Privilégiant trop souvent les voix-off, les longs travellings latéraux et surtout la quasi-absence de dialogues, Tariq Teguia semble alors comme détaché de ses personnages. Résultat : un film qui semble étiré et qui finit par ennuyer. On est ici loin du bouillonnant et réussi " Viva Laldjérie ! " de Nadir Moknèche (2003). Dommage : ce beau sujet, rarement traité, méritait mieux.