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[archive cinéma]
Coluche, l'histoire d'un mec

genre: drame psychologique / durée: 1h43


réalisateur
Antoine De Caunes
comédiens
image disponible François-Xavier Demaison, Léa Drucker, Olivier Gourmet

  • le 15-10-08

    infos: Genre: comédie dramatique. Durée: 1h43.


critique
+++_ Politique Schmilblick

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[critique]

+++_ Politique Schmilblick

par Marianne Schönwasser le 13-10-08

C'est un film troublant. Qui fait un peu mal au coeur. Très sincèrement, on en attendait pas autant, émotionnellement parlant, de ce Coluche, dernière réalisation d'Antoine de Caunes. Lequel retrace les quelques mois pendant lesquels un humoriste décida qu'il avait tout autant le droit qu'un énarque d'occuper la fonction suprême : Président de la République.

C'est cette épopée, à cheval sur les années 80 et 81 que nous relate Antoine de Caunes. On pourra dire que François-Xavier Demaison s'en sort très bien en Coluche de fiction, parce que c'est toujours la première chose qu'on vérifie dans ce genre de films. On pourra aussi dire que la mise en scène de De Caunes manque de souffle, qu'elle est un peu pataude par moment. On pourra dire cela et pourtant, on n'aura rien dit du film. Parce que si Coluche est un film intéressant, c'est à cause de tout ce qu'il dit en creux.

Que nous montre Coluche au final? Pas tant l'histoire d'un mec, comme le laisse entendre le sous-titre du film que la mutation profonde qu'est en train de connaître l'Hexagone. L'humoriste n'en est que la métaphore. Il se lance en politique comme on balance une bonne blague. Mais bien vite, on se charge de lui rappeler que la chose publique est tout sauf un sketch à raconter sur la scène du Gymnase. Et Coluche, le gentil rigolo en salopette, se voit bientôt avalé par un tourbillon politico-médiatique où les caméras fleurissent, où les jeunes loups de l'ENA balaient les derniers vestiges de la politique à la papa et où les sondages valent parole d'évangile. De Caunes montre comment un combat altruiste et vaguement potache se mue bientôt en sorte de parade revancharde et forcément déceptive. Comment l'humanisme de son héros ne peut tenir la route face au cynisme consommé du monde auquel il croit pouvoir se frotter.

Coluche est un film profondément déprimant. Parce que De Caunes ne filme rien d'autre que l'embryon de notre système politique actuel. Un sport dans lequel l'adresse se démontre bien plus à la télévision qu'aux côtés des électeurs. Un monde dans lequel le pragmatisme le plus froid a miné le terrain à tous les idéaux. Un milieu où on parle moins de politique que de politique-spectacle. Et dont, finalement, Coluche ne serait que la première et la plus innocente incarnation.

Alors que notre personnel politique n'en finit plus d'habiter les pages people des magazines, que d'autres appliquent au meeting les méthodes du stand-up, on se dit que oui, décidément, ce Coluche a quelque chose de prophétique. Et de terriblement inquiétant...