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[archive cinéma]
Les Bureaux de Dieu

genre: drame psychologique / durée: 2h00


réalisateur
Claire Simon
comédiens
Rachida Brakni, Loredana Acquaviva, Caroline Bennequin, image disponible Nathalie Baye

  • Sortie le 05-11-08

critique
+++_ Bureaux à visiter d'urgence

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[critique]

+++_ Bureaux à visiter d'urgence

par Marianne Schönwasser le 05-11-08

C'est un appartement bourgeois, parquets et moulures de rigueur, dans lequel se meut une population essentiellement féminine, entre 15 et 60 ans. C'est une antenne du Planning Familial où l'on vient des questions pleins les poches sur l'avortement, la contraception, la sexualité au féminin. C'est un lieu où la parole se déverse, comme un mince filet d'eau, qu'il faut s'empresser de recueillir au creux de ses mains, parfois comme un torrent qui a couvé trop longtemps sous terre et explose sitôt la surface apparue.

Avec Les Bureaux de Dieu, la réalisatrice Claire Simon se fait le porte-voix de cette parole féminine. Ce sont des amateures qui tiennent le rôle des consultantes, tandis que les animatrices du Planning sont jouées par la fine fleur du cinéma français, de Nathalie Baye à Rachida Brakni en passant par Isabelle Carré et Nicole Garcia. Une fois n'est pas coutume, les professionnelles, loin de tirer la couverture à elles, servent d'écrin à la parole des anonymes. Sous une forme quasi documentaire, on découvre une sexualité féminine aux multiples visages. Et si le film s'enlise un peu dans la forme (une succession d'entretiens filmés avec, parfois, de la redite), l'ennui qui pointe parfois son nez laisse une latitude à la spectatrice pour s'interroger elle-même.

Car c'est sans doute la grande réussite du film de Claire Simon : il invite chacune d'entre nous à se repositionner par rapport à sa propre histoire sexuelle. Et très vite, on en vient à s'interroger sur l'héritage légué par sa propre mère, le regard sur sa féminité, l'évolution de son rapport au corps, mais aussi sur son rapport à la contraception, à la maternité, aux choix assumés ou non qui ont jalonné son parcours.

Et les hommes dans tout ça ? Le film leur offre la chance assez unique de considérer la sexualité au féminin d'un angle qui leur est souvent inconnu. Rien que pour cela, Les Bureaux de Dieu est un film important. Parce qu'il interloque, interroge et rend le " continent noir " comme Freud appelait la sexualité féminine, un peu moins obscur.

Pour autant, Les Bureaux de Dieu n'est pas le film benoîtement féministe que certains ont bien voulu voir. Au contraire, par le biais du Planning Familial, il évoque les mutations sociales vécues par les femmes entre 1956 (date de création des plannings) et aujourd'hui. Chez ces animatrices dépeintes par la réalisatrice, la lassitude pointe souvent. Si le rôle du Planning est essentiel, sa façon de répondre aux problèmes actuels semble parfois limitée. Pensé à une époque qui mettait la liberté du corps féminin au coeur de tout, il propose des réponses exclusivement pratiques à des jeunes femmes qui, visiblement, auraient parfois besoin de plus. Un outil que s'efforcent de faire évoluer celles qui l'animent, comme le montre Claire Simon, entre moments de découragement et foi en leur mission.