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[archive cinéma]
Le syndrôme du Titanic

genre: documentaire / durée: 1h33


réalisateurs
Nicolas Hulot, Jean-Albert Lièvre
scénaristes
Nicolas Hulot, Jean-Albert Lièvre

  • Sortie le 07-10-09

critique
+++_ Malaise dans la civilisation

Affiche Affiche Une des images inédites et effarantes du malaise dnas la civilisation moderne... Une des images inédites et effarantes du malaise dnas la civilisation moderne...

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[critique]

+++_ Malaise dans la civilisation

par Anne Eyrolle le 07-10-09

Nous savons que nous allons droit dans le mur, qu'il faudrait changer de route, de stratégie, de comportements. Et pourtant, nous continuons d'avancer dans la même direction. C'est cela, le "syndrome du Titanic" dont parlait déjà Nicolas Hulot dans son livre éponyme (LGF, 2005). Et c'est pour montrer les ravages humains, sociaux et écologiques de cette persévérance inconsciente qu'il a réalisé son premier film. Et pour nous faire part de son propre malaise, lui qui a fait plusieurs tours du monde et qui connaît tous les rapports sur la situation écologique actuelle. Et pour nous sortir de l'aveuglement.

Vous vous dites peut-être : "Encore un film écolo et donneur de leçons !" Mais c'est autre chose qui se donne à voir pendant plus d'une heure trente : loin de l'esthétisme du "Home" de Yann Arthus Bertrand (esthétisme qui joue, par ailleurs, un rôle essentiel dans ce souci de mobiliser les consciences et d'exciter le désir de préserver nos ressources), loin du message grandiloquent d'"Une vérité qui dérange" d'Al Gore (qui a tout de même su ouvrir la voie à ce genre cinématographique et mondialisé le débat écologique), loin du didactisme maladroit de "La Onzième heure" de Léonardo Di Caprio, "le syndrôme du Titanic" est le premier film du genre qui sait montrer l'impact concret de nos modes de vies modernes. Le premier qui met en lumière les liens directs entre notre économie, notre idée du progrès acquise depuis des siècles et le désastre socio-écologique en route. Tout individu un peu sensibilisé à la question sait que nos actes quotidiens ont un impact à l'échelle mondiale. Il en a ici la preuve en images. Sans trucage. Sans raccourci orienté.

Le film n'est pas optimiste, c'est un euphémisme de le dire. Et la voix grave de Nicolas Hulot en commentateur du désastre à l'oeuvre ne laisse pas entendre autre chose que sa désolation. C'est le malheur de "l'homme qui en savait trop", peut-être. Mais il faut sans doute en passer par là, pour nous secouer. Par là, et par quelques plans un peu trop "arracheurs de larmes" (une africaine aveugle tentant d'embrasser son bébé), ou quelques propos discutables parce qu'ils laissent entendre un idéalisme passéiste... Aucun film d'engagé n'est parfait. Mais celui-là a l'immense mérite de faire surgir une réalité cruciale, jamais montrée : nos destins sont tous liés, nos habitudes tuent l'avenir, nos comportements ont tous un sens qu'il s'agit de ré-orienter. Comment? C'est la question qui demeure sans réponse. A chacun et à tous de la trouver.

Hulot, "l'homme qui murmurait à l'oreille de Sarko", titrait récemment le Nouvel Obs; Hulot, l'homme de TF1, Hulot, l'homme qui a failli et finalement refusé de s'engager ouvertement en politique... On s'en fout. Le Hulot qui vaut vraiment le coup d'être connu, c'est celui qui a rapporté du monde entier ces images flagrantes de notre réalité à tous. Et qui, les tripes ouvertes, nous confie son désarroi, sa douleur et son espoir minuscule pour l'avenir. Ce Hulot là mérite d'être reconnu.