Share/Bookmark
[archive cinéma]
La Môme

genre: divers / durée: 4h00


réalisateur
Olivier Dahan
comédiens
Marion Cotillard, Gérard Depardieu

  • Sortie le 14-02-07

critique
++__ Piaf piquée au biopic

UNDEF

Forum
Soyez le premier à donner votre avis
[critique]

++__ Piaf piquée au biopic

par Marianne Schönwasser le 19-02-07

Que celui qui a échappé à l'ouragan promotionnel de "La Môme" lève la main. C'est bien ce qu'on pensait. Aucune menotte pour se dresser... Un tel matraquage a d'ores et déjà de quoi agacer le spectateur potentiel. C'est vrai, on en a soupé de Marion Cotillard expliquant sur tous les plateaux possibles à quel point ce fut dur de se débarrasser du personnage d'Edith Piaf. Juste pour affirmer que "non, camarade, la Piafofolie ne passera pas", on serait tenté de boycotter le dernier opus d'Olivier Dahan. Eh bien franchement, ce serait dommage. Attention, "La Môme" ne révolutionne pas le genre du biopic (contraction qui vient de l'anglais " biographie épique "), mais il l'invente... ou presque. Car si le genre nourrit largement la plume des scénaristes américains (pour preuve, les récents "Walk The Line", "Ray", "Ali", "Aviator" et le futur "Dreamgirls"), en France, on ne peut pas dire que, contrairement au Calisson d'Aix ou à la blanquette de Limoux, le biopic soit une de nos spécialités... "Ah oui, et "Le Promeneur du Champ de mars" hein ?" Désolé les amis, mais ce n'est pas vraiment un biopic... En effet, le film de Guédiguian retrace les derniers mois d'un président en fin de parcours, soit, un moment relativement court de son existence, et sans qu'il soit fait usage du flash-back, revenant sur les riches heures du vainqueur de 81. Plus un bilan qu'un biopic donc. "Et "Molière", tiens, celui avec Romain Duris, c'est pas du biopic, ça madame ???" Caramba, encore raté ! Puisque "Molière" se base sur une période parfaitement fictive de la vie de l'artiste... Or un vrai biopic, c'est comme un bon fromage blanc. Il faut qu'il y ait pas mal de matière grasse (comprendre du vrai, du vécu) avec une pointe de sucre (voire de la guimauve) pour que ça prenne. Si en plus le biopicisé peut avoir valeur d'exemple ("Ali") et quelques failles ("Ray") alors là, c'est la panacée ! "La Môme" répond formellement à tous ces critères. Piaf, abandonnée par sa mère, élevée dans un bordel, chanteuse des rues puisque star meurtrie par l'amour, cela dessine déjà une jolie ligne de vie entre ascension et dégringolade. D'autant que, finalement (et c'est sans doute là tout l'intérêt du film...) Dahan, s'il admire son sujet, n'est pas non plus dupe de l'imagerie qu'elle draine. Si elle a un indéniable talent, il faudra qu'Edith Piaf se laisse modeler par des Pygmalions successifs. Une artiste, même dans les années 50, ça se fabrique, à l'aide d'une petite robe noire, d'un répertoire, d'un maintien... Preuve supplémentaire que Dahan ne se laisse pas abuser par le mythe Piaf, priorité est donnée plus à la Vie en Noir, qu'en Rose de l'interprète. Sans concessions au lyrisme, il décrit ses errances dans l'alcool et la drogue. Jusqu'à sa décrépitude prématurée, où, petit poussin presque chauve à la pâleur fantomatique, elle boit péniblement les rayons de soleil du Sud de la France où elle s'est retirée. En ce sens, Dahan a tout compris du biopic. Une personnalité avec un grand P n'est pas celle qui avance sans cahots sur le chemin de l'existence. Au contraire: même dans la chute, elle conserve sa grâce... Marianne Schönwasser