genre: divers / durée: 1h10
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Droit au but
par Marianne Schönwasser le 19-02-07
Souvenez vous. Lors de la Coupe du Monde 2006, un des joueurs tricolores se baladait sans cesse avec sa caméra super 8, provoquant l'ire du sélectionneur et les railleries des commentateurs. A posteriori, on se dit que Dhorasoo (puisque c'est de lui dont il s'agit) a sacrément bien fait de passer outre les remontrances en tous genres. "Substitute" constitue un documentaire passionnant sur l'envers de cette World Cup. Documentaire, ou plus précisément, journal intime. Sur les injonctions de Fred Poulet, Dhorasoo filme moins un "Yeux dans les Bleus" bis (d'ailleurs des Bleus, en 1h10, on en voit assez peu), que ses états d'âme. Ceux d'un joueur assuré de participer à plein régime à la compétition et qui, au final, ne se trouvera sur le terrain qu'une poignée de minutes. Que faire quand on ne joue pas ? Réfléchir. A cette condition ingrate de remplaçant, membre à part entière de l'équipe, quoique pas vraiment. A ce sélectionneur dans lequel on avait toute confiance et qui, finalement, donne le sentiment de nous avoir trahi. A la solitude que vous trimballez en bandoulière, des chambres d'hôtel aux vestiaires des stades. Car oui, "Substitute" est un film sur la solitude. Solitude "physique", puisque Dhorasoo semble à part du reste du groupe tricolore. La faute à cette caméra derrière laquelle il se réfugie de plus en plus au cours de la compétition, comme pour pallier la frustration de celui qui, sur le terrain, se définit comme un "créatif" ? On suppose. Toujours est-il que ses condisciples semblent assez peu amènes à son endroit. Tel Thuram qui ne prend même pas la peine de répondre à une de ses boutades à l'aéroport. Il y a aussi ce plan où les Bleus célèbrent collégialement leur victoire sur le terrain, tandis qu'en arrière-plan, on voit Dhorasoo s'éloigner seul, comme si cette liesse lui semblait insupportable ou, comme si il sentait que sa situation de remplaçant (et sa fierté) ne l'autorisait pas à y prendre part. Solitude intellectuelle aussi. Dhorasoo, on l'a dit, semble peu échanger avec ses partenaires. Et prend un (malin ?) plaisir à filmer, dans sa chambre d'hôtel, les livres qu'il a emporté pour ce périple outre-Rhin. Parmi ceux-ci, on aperçoit "Pars vite et reviens tard" de Fred Vargas. On serait tenté d'y voir le message violent que lui renvoient tout ceux à qui Dhorasoo à eu à faire lors de cette Coupe du Monde. Exception faite de cette caméra vers laquelle, durant un mois, il se sent de plus en plus violemment attiré. Marianne Schönwasser