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[archive cinéma]
Nue Propriété

genre: divers / durée: 1h30


réalisateur
Joachim Lafosse
comédiens
image disponible Isabelle Huppert, Jérémie Rénier

  • Sortie le 21-02-07

critique
+++_ Deux hommes à la mère

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[critique]

+++_ Deux hommes à la mère

par Marianne Schönwasser le 20-02-07

Thierry et François sont jumeaux, ont 20 ans et vivent dans une grande maison de maître à la campagne avec Pascale, leur mère, depuis que celle-ci a divorcé de leur père. Mais quand elle décide de vendre la bâtisse pour partir avec le nouvel homme de sa vie monter une maison d'hôte, ça crise sérieusement du côté des fistons. Avec un argument de départ relativement simple (la difficulté de couper le cordon), Joachim Lafosse dépeint à merveille la complexité des relations mère-fils en ce qu'elle a de dévorant, voire de cannibale. Parce que c'est vrai, les fistons, ils mériteraient sacrément que Le Grand Frère de TF1 déboule chez eux ! Pascale collectionne les noms d'oiseaux comme d'autres les timbres exotiques, elle se voit contrainte de répondre de ses faits et gestes comme une gamine de quinze ans et cache ses amours comme une ado aux parents trop stricts. On pourrait se contenter de plaindre cette mère martyre, toute dévouée à la chère chair de sa chair... Ce serait trop simple. Parce que si Thierry et François sont odieux, Joachim Lafosse distille par petites touches l'idée selon laquelle Pascale n'est pas très claire non plus. Normal. Pour qu'une relation névrotique s'installe, il faut au moins être deux Dès lors, ce n'est pas un hasard si de nombreuses scènes du film se passent à table. Pascale aimerait bien que ses fils prennent un peu le large, et, en même temps, elle leur sert des plats roboratifs (mention spéciale aux spaghettis bolognaise) prompts à leur plomber le ventre et à empêcher leur envol. D'ailleurs Thierry et François mangent comme deux petits garçons, avec moult bruits de fourchette et de déglutition sous le regard de Pascale qui hésite entre consternation et admiration maternelle. Le film de Joachim Lafosse évolue sur ce fil très étroit : celui qui balance entre l'amour et l'agacement, entre la petite névrose et la pure folie, entre l'attachement et la possessivité. On a presque le sentiment de regarder un documentaire animalier sur la relation filiale chez les mammifères. Le dispositif scénique participe à cette impression. En effet, Lafosse filme tout en plan séquence fixe. L'oeil du spectateur a ainsi le temps de s'égayer dans le cadre, de capter chaque mouvement, chaque expression, sans se laisser distraire par le changement de position de la caméra. Nue Propriété se compose ainsi comme une suite de tableaux, qui joue énormément sur le rapport intérieur/ extérieur de la maison familiale. On peut bien sûr y voir une métaphore de l'utérus maternel, ce tout premier intérieur, si chaud et si douillet qu'au bout de neuf mois, certains ont bien du mal à quitter. Peut-être peut-on également se souvenir que Joachim Lafosse est belge et que ces jeux entre le dedans et le dehors, ne sont pas sans rappeler le fondement même de la peinture flamande. A l'extérieur, lieu de représentation, donc, de contrôle, répond l'intérieur, lieu de l'intime, où la violence et l'excès peuvent se déchaîner en toute impunité. Marianne Schönwasser