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[archive danse]
Conditions Humaines

genre: divers / durée: 2h20


chorégraphes
Marie-Claude Pietragalla, Julien Derouault

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critique
+___ Mauvaise mine

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Forum
[14-11-07 par marie]: «Conditions humaines»
Je suis tout à fait d'accord avec votre analyse du "spectacle" de M.-C. Pietragalla....
[15-11-07 par pif]: «Oh que je suis contente!»
[reçu de zelye"at"free.fr] Oh que je suis contente! Je suis allée hier voir " les condi...
[critique]

+___ Mauvaise mine

par Louis-David Mitterrand le 26-03-07

C'est toujours un sale moment pour un critique de partir d'un spectacle qu'il n'a pas beaucoup aimé sous les vivats du public, honteux, seul et défait. Car il se sont tous levés pour applaudir Pietragalla et sa troupe. D'abord un par un, peu nombreux au début, et les autres parce que leur vue était bloquée, comme des dominos à l'envers. Et c'est vrai que l'ovation debout scelle une soirée réussie alors pourquoi s'y refuser? "C'était génial, tout le monde a applaudi debout" raconteront-ils. Le debout valide le génial. Bon, quand je dis "pas aimé", il faut relativiser et surtout entrer dans le détail. C'est une chose de filer avant tout le monde, comme pour éviter de se faire lyncher, encore faut-il expliquer pourquoi.

D'abord c'est un vrai spectacle, pas une "prise de tête" comme on dit. Ça bouge, ça tonne, ça gronde, il y a du mouvement sur scène, beaucoup de bruit et de fureur. C'est assez facile a décrypter, nul besoin d'aimer la danse en particulier, il suffit d'avoir des yeux et des oreilles. L'histoire est celle de la catastrophe minière du 10 mars 1906 à Courrières, ce jour là 1099 mineurs ne remontèrent pas. Parmi eux, 290 galibots, ces enfants de 13 à 18 ans qu'on envoyait dans les boyaux plus étroits. La terre a grondé comme une divinité barbare exigeant son sacrifice et d'un coup de grisou a dévoré ces fourmis insolentes. Et Pietra apparaît dans sa robe couleur charbon recouvrant la scène, déesse mère, démoniaque Gaïa sans visage, toute en bras imprécateurs, menaçants. Une vision de la Terre que désapprouverait certainement l'animateur d'Ushuaïa.

Malgré tout, on est dans l'univers du politiquement correct: d'un coté les actionnaires et leur coupable indifférence envers la sécurité des mineurs, de l'autre les victimes, les exploités, les gentils. On voit un porteur de drapeau rouge sur scène, involontaire hommage aux chorégraphies Nord Coréennes. Des textes sur la condition ouvrière sont lus. Oui, la mine mérite d'être dansée, son histoire racontée, c'est un monde dur, âpre, poignant, c'est une culture populaire riche qui ne veut pas mourir. Mais la finalité de la mine n'est pas le mineur, il n'en est que l'outil, éminemment remplaçable et c'est cette fragilité, cette vulnérabilité qui nous le rend si attachant, si présent. Il est inutile d'en faire un héros du néo-réalisme stalinien. Cette vision simpliste de l'histoire et des rapports sociaux ne rend pas l'hommage mérité au monde de la mine. Elle ne fait que renforcer des idées reçues pour complaire au spectateur dans sa recherche de sens.

A part ça, le spectacle est assez inégal. Il y a de trop rares bons moments, comme ce tableau du fond de la mine où les hommes se muent en véritables machines, deviennent ce qu'il font. Le travail d'ensemble des hommes est plutôt réussi, avec des touches de burlesque, des instants de légèreté, du contraste. Le reste tombe assez vite dans la platitude et la répétition. Les mêmes motifs reviennent constamment dans les ensembles féminins, avec des imprécisions. Pourtant les danses folkloriques du creuset culturel minier auraient pu être mises à contribution, stylisées, modernisées, révisées. Mais non, on reste dans le démonstratif, l'explicatif. Comme si la danse n'était qu'au service de l'histoire à raconter, alors que ce pourrait aussi être le contraire. Les pas de deux sont inexistants; l'amour, la déchirure, le deuil ne sont pas traités. Ou maladroitement, dans un tableau où Pietra danse avec le vêtement de l'absent (évocation de Diane dansant avec le pull d'Endymion dans Sylvia de John Neumeier). Mais cela reste toujours froid et à la gloire de Pietra. Les personnages sont étouffés par l'ego de la diva qui prend toute la place.