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[archive danse]
Peplum

genre: divers / durée: 2h00


chorégraphe
Nasser Martin-Gousset
danseurs
Barbara Schlittler, Carole Gomez, Panagioté Kallimani, Laurie Young, Olivier Dubois, Filipe Lourenço, Mathieu Calmelet, Smaïn Boucetta, Thomas Chopin, Nasser Martin-Gousset
musiciens
Steve Argüelles, Django Hartlap, Christophe Van Huffel

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critique
+++_ Fou de Rome

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Forum
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[critique]

+++_ Fou de Rome

par Louis-David Mitterrand le 08-04-07

Un mur gris, quelques marches, des affiches électorales. Un légionnaire en armure posté sur le coté garde le tout, stoïque. Déboule un grassouillet citoyen en toge. Il boulotte une grappe de raisins en déambulant, badin. Pris d'une soudaine fébrilité il se met à rebondir contre le mur, se roule sur les marches, se gave des restes de la grappe et vomit le tout aussitôt. Nouvelles contorsions du citoyen-saucisse dont l'unique vêtement devenu torchon, ne cache plus rien du service trois pièces. Inconstant, obscène, manipulable, jouisseur, violent, potentiellement cruel, en quelques secondes le héros du chorégraphe Nasser Martin-Gousset est campé. Un plébéien bien loin des grands principes de la philosophie classique et d'un monde antique idéalisé. Un homo sapiens bien réel où sommeille la fameuse bête immonde, comme en chacun des dix danseurs.

Leurs ensembles sont inquiétants et imprévisibles comme des mouvements de foule. Des morceaux s'en détachent pour copuler à même le sol, d'autres tombent épuisés et se font piétiner. Le lynchage reste toujours une possibilité et aura même lieu, dans un tableau magistralement réglé, à l'encontre du pauvre légionnaire. Rome se dévore elle-même, ivre de plaisirs, impossible à satisfaire, prête pour l'éventuel déclin. Mais on n'est pas dans le Satiricon et la langueur de ses orgies. L'ambiance est électrique. Trois excellents musiciens excitent le plateau d'un rock puissant. La danse c'est aussi la guerre, faire marcher au pas et diriger vers l'ennemi, lancer les corps les uns vers les autres pour l'étreinte finale. Le répit ponctuel vient par l'évocation fantomatique des grands péplums hollywoodiens dont les dialogues sont entendus et lus en sous-titres géants sur le mur. Cette fusion audiovisuelle avec le récit chorégraphique, risquée et étrange au départ, finit par s'imposer et enrichir le propos d'une véritable émotion.

Nasser Martin-Gousset prend d'autres risques, comme l'utilisation du direct vidéo sur scène, procédé devenu poncif à force d'abus dans des créations contemporaines ineptes. Mais là, ça fonctionne à merveille. La caméra est promenée comme un oeil curieux et morbide sur les horreurs du plateau, qui devient un immense champs de bataille, pendant qu'Antoine et Cléopatre n'en finissent de se dire adieu. La richesse de ce spectacle est aussi sa faiblesse potentielle. Il y a beaucoup à voir et à entendre, la bande passante est très large. C'est un univers personnel rempli d'éléments universels, dans un désordre apparent qui peut dérouter. Ce qui est incontestable et tangible, c'est la générosité, l'énergie déployée, la rage, presque, de cette création. Impossible d'y rester indifférent. La danse y est une drogue dure, hallucinatoire, remplie de transes, de brutales montées et descentes, mais sans le mauvais trip qui suit. A voir absolument.