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[archive danse]
La Fille mal gardée

genre: classique / durée: 1h50


chorégraphes
Frederick Ashton, Jean Dauberval
compositeur
Louis Hérold
danseurs
Nicolas Le Riche, image disponible Dorothée Gilbert, Stéphane Phavorin, Simon Valastro

  • du 27-06-09 au 15-07-09
    75008 Paris
    tel: 0 892 89 90 90
    site: www.opera-de-paris.fr

    infos: Palais Garnier Représentations 27, 29, 30 juin, 1er, 2, 3, 4, 6, 7, 8, 9, 10, 11, 13, 14, 15 juil. 2009 19h30

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critique
++__ So delightful!

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[critique]

++__ So delightful!

par Louis-David Mitterrand le 24-06-07

Est-ce la période estivale qui nous vaut cette soudaine légèreté dans les spectacles parisiens? Les thématiques sur la folie, la culpabilité du Nord envers le Sud, la Shoah ont disparu des théâtres. Le public change, plus de touristes, alors on surtitre en anglais, on donne dans la gaieté irrépressible. Ou bien c'est une coïncidence que cette entrée au répertoire le premier jour de l'été de "La Fille mal gardée", délicieux ballet français de 1789 amoureusement conservé, développé, recréé par des russes et des anglais qui nous parvient enfin sur la scène de l'Opéra Garnier. Révolutionnaire pour son époque, non pas en raison de sa date, il rompt avec les thèmes antiques empesés qui plaisaient tellement à une certaine aristocratie précieuse pour présenter une campagne idyllique où règnent l'amour, les fêtes, la danse. Nous sommes certes encore loin du réalisme, mais ce type de ballet dont Jean Dauberval s'était fait une spécialité, plaît énormément à un public nouveau et enthousiaste. Au point que la danse cesse d'être l'accessoire de l'opéra et devient spectacle à part entière.

L'histoire est mince mais peu importe. La jeune et jolie Lise est en fait bien gardée par sa mère Simone, veuve et fermière aisée qui a d'autres ambitions pour sa fille que de la laisser flirter avec ce paysan de Colas. Le jeune Alain n'a pas l'air bien futé, danse comme un manche et adore surtout son parapluie, mais c'est le fils du bourgeois Thomas. Alors c'est un beau parti. Le thème du mariage forcé et des stratagèmes pour le contrer revient, familier, comme l'obsession d'une époque où il constituait l'unique moyen de promotion sociale. Ici il sert de prétexte à un conte léger, drôle et follement gai, d'où le drame est totalement exclu. Le ballet s'ouvre sur le réveil de la basse cour, un coq et quatre poulets danseurs, le ton est donné.

La chorégraphie de Frederick Ashton, créée en 1960 pour le Royal Ballet, est une riche confluence de genres où l'on retrouve le dessin animé, avec ses gags très visuels, des collisions entre les personnages, une succession rapide d'ambiances, la confusion entre monde animal et humain, l'irréel de la geste. Il y a aussi un soupçon de cirque avec un sérieux travail de clown sur les personnages de Mère Simone, interprété avec brio par Stéphane Phavorin, et Alain, le prétendant malgré lui, auquel le talentueux Simon Valastro donne une qualité lunaire, poétique, touchante. Ce personnage ferme d'ailleurs le ballet dans une adorable petite surprise finale. On pourrait aussi parler du mime, et d'autres influences mais Ashton connaît ses classiques et le balletomane ne sera pas déçu. Les solos et pas de deux de Lise et Colas sont tendres, espiègles et ravissants. Dorothée Gilbert est tout à fait la jeune amoureuse un peu méfiante face à un Nicolas Le Riche puissant, viril, joueur, presque trop à l'aise. Avec le corps de ballet, ils ont un plaisir visible à danser cette histoire et donner du plaisir au public qui leur rend bien à chaque occasion. La troupe semble comme soulagée et libérée après le désastreux contre-emploi imposé par Robin Orlyn.

"So delightful!" s'exclamait une spectatrice en sortant, comme un cri du coeur. Peut-être est-ce aussi cette partition de Louis Hérold où l'on retrouve tellement de petits "rossinismes" ça et là, qui font monter encore la gaieté comme des petites bulles dans l'âme collective du public. Il y eut de longs vivats et bien mérités. Un spectacle 100%, c'est à dire qu'il n'est absolument déconseillé à personne.