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[archive danse]
Giselle - Ballet National de Cuba

genre: divers / durée: 2h00


chorégraphe
Alicia Alonson

  • du 16-07-07 au 03-08-07
    Avenue Winston Churchill/www.grandpalais.fr, 75008 Paris

    infos: 21h30

    prix: de 23 € à 63 €

critique
++__ Giselle libre!

Giselle par Anette Delgado Giselle par Anette Delgado

Forum
[19-07-07 par concorde]: «ballet de cuba , Alicia Alonso»
Toujours interessant de voir des mises en scène de Giselle, Cela ressemble fortement à u...
[22-07-07 par pif]: «costumes»
Effectivement, j'ai été un peu choqué par les costumes de Wilis avec une teinte vert pâle...
[critique]

++__ Giselle libre!

par Louis-David Mitterrand le 18-07-07

Giselle hésite d'abord. Pas longtemps. Les réticences de la jeune paysanne envers ce prétendant aux belles manières tombent après avoir effeuillé la marguerite, deux fois. Malheureusement la première était la bonne, car Albrecht, sous son habit de simple chasseur, est en fait un prince déjà bien fiancé et qui ne fait que s'amuser avec Giselle. Fragile du coeur, elle meurt d'apprendre cette vérité et rejoint, au second acte, le monde nocturne des Wilis, ces fantômes de jeunes filles mortes par amour, dont le pouvoir n'a d'égal que le goût de la vengeance. Investissant la forêt dès minuit sonné, elles forcent le promeneur égaré à danser jusqu'à la mort. Albrecht y survivra-t-il? Si tu ne connais pas la réponse, cher lecteur, alors cette version de "Giselle" est un excellent premier pas dans une série peut-être longue. Car ce ballet est porté par le thème puissant de l'amour absolu, au-delà de la vie même. Exempt de mièvrerie mais pas de légèreté, il touche et fort. Il donne soif de rencontrer d'autres Giselle.

Au pays de la salsa on a une solide tradition de ballet classique, créée de toute pièce par la danseuse et chorégraphe cubaine Alicia Alonso, née en 1921 et qui vint encore saluer le public ce soir avec ses danseurs à l'issue de sa version de Giselle. Cette femme remarquable est à l'origine d'une des meilleures compagnies internationales de ballet, dont les danseurs s'exportent dans le monde entier. "Les Etés de la Danse" version 2007 installe le Ballet National de Cuba pour deux semaines au Grand Palais, avec, en alternance, "Giselle" et "Don Quichotte".

La réputation de la troupe a du conduire tout naturellement les balletomanes à réserver leur place depuis longtemps. Mais ces danseurs méritent un public plus large. Tout d'abord pour leurs qualités inhérentes d'interprètes et de techniciens et le fait qu'ils apportent aux grands ballets du répertoire une énergie et une vision originales. Mais aussi pour toucher du doigt l'universalité de la danse classique, car il est proprement stupéfiant de voir ce style, né dans la France de Louis XIV, se transporter jusqu'à la Havane et nous revenir dans toute sa splendeur. Le ballet touche, émeut et bouleverse d'autant plus qu'il n'appartient à personne, ou plutôt à tous ceux qui veulent bien l'aimer. Le Ballet National de Cuba parle aussi pour un pays souvent malmené par les médias bien que capable du meilleur dans bien des domaines.

La "Giselle" d'Alicia Alonso ne dépaysera pas les amateurs de ce grand ballet romantique. Sous la nef du Grand Palais l'espace est magnifique mais absorbe un peu trop la musique. Problème insoluble quoique finalement anodin une fois les danseurs sur scène. L'émotion est là, intacte. Les qualités d'interprétation sont essentielles pour bien rendre cette oeuvre, et cette troupe n'en manque pas. Irréprochables sur le plan technique, ses danseurs allient énergie, jeunesse, spontanéité et appétit du jeu. La chorégraphie est très classique, presque académique, et il y a parfois de petits creux dans le rythme narratif. Mais ils sont vite gommés par l'excellente cohésion du corps de ballet et l'engagement total des solistes dans leur rôle. Nul doute que leur "Don Quichotte" doit être très intéressant à voir et correspond tout à fait à leur tempérament. Initiative à remarquer et dont pourrait s'inspirer l'Opéra: la compagnie propose au public de venir assister, pour une entrée très modique, à leur cours de danse quotidien à l'issue duquel des grands pas de deux du répertoire seront dansés par les solistes.