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[archive danse]
Wuthering Heights

genre: divers / durée: 2h00


chorégraphe
Kader Belarbi
compositeur
Philippe Hersant
danseurs
Nicolas Leriche, Nolwenn Daniel, image disponible Stéphane Bullion, Jean-Guillaume Bart, Marie-Agnès Gillot

  • du 21-09-07 au 06-10-07
    75008 Paris
    tel: 0 892 89 90 90
    site: www.opera-de-paris.fr

    infos: Les 24, 25, 27 sept. à 19h30 Le 30 sept. à 14h30 Les 1er, 3, 4, 5, 6 oct. à 19h30

    prix: de 6 € à 80 €

critique
+___ beau et glacial

Nicolas Leriche et Maris-Agnès Gillot Nicolas Leriche et Maris-Agnès Gillot

Forum
[02-11-07 par concorde]: «BELARBI / GILLOT/ BRONTE»
BELARBI Immense Danseur Devenu Chorégraphe a trouvé GILLOT, ETOILE étincellante parmi les...
[critique]

+___ beau et glacial

par Louis-David Mitterrand le 23-09-07

C'était émouvant de voir Kader Belarbi au salut. Chorégraphe de cette pièce créée en 2002, il était encore récemment étoile de l'Opéra. Un excellent et généreux interprète équipé d'un superbe physique. J'ai eu la chance de le voir danser, notamment dans Sylvia de Neumeier, avant qu'il ne se consacre entièrement à la création. Accueilli par les bisous de ses anciens compagnons (pas de poignées de main entre danseurs), il était là en veste et jeans, au milieu des siens, le regard un peu troublé par le souvenir de ces planches auxquelles il a tant donné. Quitter l'Opéra n'est jamais facile pour un danseur, il faut couper ce lien quasi-ombilical avec une maison qui vous a connu enfant. Mais Kader a bien préparé sa sortie et poursuit une carrière de chorégraphe indépendant reconnu, ayant récemment signé la cérémonie d'ouverture de la coupe du monde rugby. Ses adieux officiels se feront en juillet 2008 dans Signes de Carolyn Carlson.

Maintenant une tâche désagréable m'incombe: avouer que "Wuthering Heights" m'a ennuyé. Pas déplu, notez bien, simplement je n'ai ressenti aucune émotion, bonne ou mauvaise. Et il n'y avait pas que moi. Le public, si prompt, surtout lors d'une première, à ponctuer les variations de ses applaudissements, s'est tenu coi. Silencieux, interdit. Étonnamment. Bien sûr, la fermeture du rideau en fin du premier acte appela une réponse, mais si tiède et tardive qu'un peu gênante. Où étaient les cris enthousiastes des balletomanes, ces thermomètres vivants de la salle Garnier? Ils les ont gardés pour le salut final, comme pour dire "on vous aime, vous les danseurs de l'Opéra".

Ce que nous venions de voir était beau, certes, mais un peu glacial. Et cela n'a rien à voir avec l'âpre climat des Hauts de Hurlevent figuré par cet arbre courbé planté au fond de la scène, qui avait l'air d'un grand bonsaï. Une éblouissante projection de fleurs, quelques claquements de bambous rituels et nous voilà transporté en plein kabuki. Eh bien d'accord! allons-y. Amusons-nous. Mais rien d'autre ne vient. Ce n'était qu'un saupoudrage esthétisant, pas le voyage espéré. Tout est à l'avenant. Un air celtique se fait entendre, assez logique sur cette lande désolée battue par le vent. Où sont les quelques pas de danse traditionnelle? les percutions, les rythmes, le sursaut d'énergie promis par cet air? Ce ballet donne faim mais ne nourrit pas. Il nous montre des coins de promesses de jolis instants et puis ça fait "pschiiit". Et puis cette musique tellement sérieuse, sévère, certes majestueuse mais trop intellectuelle. Du coup tout le monde, public compris, prend un air sérieux, compassé, et oublie de ressentir. La démonstration prend la pas sur l'incarnation.

Etonnant de voir comme la poursuite du beau peut tuer à ce point l'émotion. A l'image de la recherche du bonheur, qui rend si malheureux. Décors et costumes superbes, scénographie puissante, interprètes magnifiques, c'en est presque trop de perfection. Ce qu'il manque? De véritables personnages peut-être, auxquels on pourrait s'attacher, qu'on pourrait comprendre. "Wuthering Heights" ressemble par sa construction à la dernière pièce de Roland Petit autour de l'oeuvre de Proust. Cette succession de tableaux, d'évocations, l'utilisation des symboles, l'alternance entre salon et nature. La différence est dans la construction des personnages et ça change tout.