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[archive danse]
Casse-Noisette

genre: divers


chorégraphes
Marius Petipa, Rudolf Noureev
compositeur
Piotr Illitch Tchaïkovsky
danseurs
image disponible Manuel Legris, image disponible Dorothée Gilbert

  • du 14-11-07 au 31-12-07
    75008 Paris
    tel: 0 892 89 90 90
    site: www.opera-de-paris.fr

    infos: Première 14 nov. 2007 19h30 Représentations 18 (14h30), 19, 22, 24 (14h30/20h), 27 nov., 2 (14h30), 4, 5, 7, 8, 10, 11, 13, 14, 16 (14h30)*, 17, 19, 22, 23 (14h30), 25, 26, 28, 29 déc. 2007 19h30

    prix: de 5 € à 75 €

critique
++__ indispensable féerie

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[critique]

++__ indispensable féerie

par Louis-David Mitterrand le 03-12-07

Ce fut une drôle de représentation, la seconde de la saison après deux semaines de grève. Brigitte Lefèvre, directrice de la Danse à l'Opéra, pointa le bout de son nez entre les rideaux de l'Opéra Bastille pour expliquer que le spectacle aurait bien lieu (ahhhh! dans la salle) malgré le préavis déposé par un certain nombre de grévistes (hou! hou! et divers noms d'oiseaux). Un changement dans la distribution: Laetitia Pujol, souffrante, est remplacée par Dorothée Gilbert (applaudissements). Eh oui, le public est content car il s'agit de la toute nouvelle étoile, promue lors de la première représentation, qui eut lieu, elle aussi, sans décors. Car la patronne a pudiquement passé sous silence cet horrible détail, se contentant d'un énigmatique conseil au spectateur, celui de conserver son billet, au cas où. Eh bien Madame vous avez eu raison de laisse planer le mystère. La public avait faim de "Casse-Noisette" et il a eu sa pleine ration en ce 2 décembre. Décors ou pas. Nous avons tous reporté nos regards sur les danseurs, mieux écouté la musique de Tchaïkovsky. Un peu plus d'abstraction, un peu moins de confiserie, ont exercé nos imaginations. Bien sûr la neige sur la danse des flocons, la fumée pendant la bataille des rats, le grand arbre de Noël et ses cadeaux eussent été jolis. Mais à en juger par les rappels ils n'ont pas trop manqué.

Il y avait avant tout une joie palpable de retrouver la compagnie dans ses oeuvres, le coeur de son répertoire. Ils savent tout faire, lorsque bien dirigés, et l'ont amplement prouvé, mais dans ce registre les danseurs de l'Opéra de Paris sont doublement chez eux. Le ballet fut créé en 1892 par Marius Petipa, marseillais exporté en Russie, puis modernisé en 1985 par Rudolf Noureev, russe exilé à Paris. Ca c'est évidemment la version courte, car bien que modestement apprécié à sa création, "Casse-Noisette" est devenu un succès permanent et a suscité de nombreuses versions de la part de chorégraphes majeurs. C'est que l'histoire, inspirée d'un conte d'Hoffmann, intrigue avec son apparente simplicité et offre une large palette d'interprétations.

Telle Alice et son lapin, la jeune Clara s'éveille au monde grâce à un modeste jouet, un simple casse-noisette en forme de petit soldat. Elle a tôt fait de le retrouver dans ses rêves en beau prince blanc, chef des jouets, dirigeant d'épiques batailles entre rats et soldats de plomb. Le second acte est une pure folie onirique où le prince guide Clara entre ses peurs et ses désirs naissants. Le monde défile sous ses petits pieds, menaçant et merveilleux, en compagnie du troublant casse-noisette. Tchaïkovsky s'est arraché les cheveux à composer cette deuxième partie où l'histoire est si vaguement définie. Une lacune volontaire de Petipa est devenue la richesse, la source des airs inoubliables de ce ballet.

La distribution réserva une autre surprise, Benjamin Pech était annoncé et ce fut Manuel Legris, sans explication, dans le rôle du prince. Partenaire très sûr, il rassurait visiblement Dorothée Gilbert, tout à sa danse, encore ceinte du halo de sa récente promotion. Elle a certes l'emploi d'une Clara, mais sans doute pas toute la sensualité naissante voulue par Noureev; l'ambiguïté de sa perception du prince n'apparaît pas. Du haut de ses 43 printemps, Manu Legris brille encore de toute sa technique, manifeste une tranquille aisance et une joie de danser qui touchent. Un artiste en pleine possession de ses moyens. Le régal de "Casse-Noisette" c'est aussi de voir les élèves de l'école de danse, dans l'oeuvre dont ils tirent leur nom de petits rats. Parmi ces jeunes filles et garçons il y a déjà les solistes de demain qui reprendront le flambeau de ce ballet éternel, de cette indispensable féerie.