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[archive danse]
Animal Femelle

genre: divers / durée: 1h15


chorégraphe
Mark Tompkins
compositeur
Mark Lewis
danseurs
Séverine Bauvais, Cécilia Bengolea, Edith Christoph, Mélanie Cholet, Audrey Gaisan


critique
+___ kitschissime (paraît-il)

photo Mark Tompkins photo Mark Tompkins

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[critique]

+___ kitschissime (paraît-il)

par Louis-David Mitterrand le 10-12-07

Le théâtre est un ring où le public prend place sur trois cotés autour de la scène. De l'encens brûle au quatre coins du plateau. Au fond, les loges sont exposées avec leur bric à brac de maquillages et costumes. Bien, il y aura donc du spectacle. Cette mise en condition brouille les repères, ouvre l'esprit, attise la curiosité. Elle m'inquiète aussi car il faudra tenir cette promesse d'un transport annoncé. Et une fois l'attente installée dans le public, il est plus facile de décevoir que de surprendre agréablement. Implacable loi de la gravité. D'étranges pensées se mêlent à l'encens: et s'il s'agissait d'un séance de méditation collective? pire, d'une secte? Voire, l'horreur absolue, un plateau vide pendant une heure et quart, uniquement occupé de nos attentes? L'équivalent théâtral du monochrome.

Il n'en sera rien fort heureusement, mais Mark Tompkins a déjà un peu gagné. Il a déstabilisé le spectateur. Et il faut au moins ça pour entrer, ne serait-ce qu'un chouïa, dans son univers dérangé. Quatre filles sont agglutinées au sol en pyjama à carreaux alors qu'il représente un télévangéliste vêtu de blanc, prêchant sur des textes d'Adolf Hitler et du Cantique Catholique, entre autres. L'homme est tout à fait à l'aise dans son personnage et se régale visiblement du trouble jeté sur l'assistance, attesté par les quelques rires nerveux qui fusent ça et là. Hâtons-nous d'en rire, certes, mais difficile de comprendre ou d'apprécier le propos. Les voies de ce prêcheur semblent impénétrables, et il se régale de brouiller les pistes. Mais ne soyons pas contrariant, il a tellement l'air de s'amuser. Notamment lorsqu'il oblige une des filles à "faire le cochon" dans une référence explicite au film "Délivrance". Bizarre, vous avez dit bizarre? Kitsch paraît-il.

Ce n'est pas fini. Mark Tompkins pousse la chansonnette in english à la manière des comédies musicales, quand les mots ne suffisent plus. La suite intrigue tout autant que le début: les quatre filles font un crochet chez Mad Max et reviennent en catcheuses de l'apocalypse. Manga et jeu vidéo viennent s'additionner au hodgepodge d'influences déjà détectées. Mais le résultat tient plus du patchwork que de l'harmonieuse fusion des genres. C'est le problème de ce spectacle qui reste avant tout un assemblage hétéroclite, une sorte de projet intéressant avec des fils qui dépassent encore. Amusant détail: il y a avait des parents de ces "animaux femelles" dans la salle. D'où les quelques flashs pendant les scènes de lutte, certes assez bien chorégraphiées. Les filles font un performance, donnent beaucoup d'elles-mêmes, c'est incontestable. On y repense, dans la rue, au restaurant, le lendemain, en écrivant cette chronique: mais bon dieu, why, why, why? I don't know... (sur un air connu).