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[archive danse]
Paquita

genre: divers / durée: 2h00


chorégraphe
Pierre Lacotte
compositeurs
Edouard Deldevez, Ludwig Minkus
danseurs
image disponible Dorothée Gilbert, image disponible Stéphane Bullion, Mathias Heymann

  • du 12-12-07 au 30-12-07
    75008 Paris
    tel: 0 892 89 90 90
    site: www.opera-de-paris.fr

    infos: 12, 14, 15, 17, 18, 20, 21, 22, 24, 25, 27, 28, 29 (14h30/20h), 30 (14h30) déc. 2007 19h30

    prix: de 6 € à 80 €

critique
++__ Régal annoncé

photo: C.Leiber photo: C.Leiber

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[critique]

++__ Régal annoncé

par Louis-David Mitterrand le 28-12-07

Pierre Lacotte attendait dans les coulisses en couvant ses interprètes du regard. Devant l'insistance du public à acclamer l'oeuvre qu'il a ressuscité, et après avoir un peu résisté comme il se doit, il donne la main à Paquita venue le chercher et salue avec le reste de la troupe. Une touche finale émouvante sur une soirée brillante. Ce ballet de 1846 serait resté dans l'oubli sans son méticuleux travail d'archéologue. La notation chorégraphique, moins rigoureuse et normée que la partition musicale, voyage mal dans le temps, sans une tradition vivante pour la porter. Avant l'apparition de la vidéo, une pièce dansée mourait avec son dernier interprète. Or, les ballets russes, mémoire ultime de "Paquita", l'avaient abandonné avec la révolution. Ne restaient en circulation que les plus brillants morceaux d'une oeuvre ruinée.

L'histoire nous revient donc et concerne justement les français et leur présence en Espagne au tournant du 19e siècle. Les armées de l'Empire n'ont pas la cote sur place et le ballet évoque symboliquement la cruelle guérilla qui leur sera faite jusqu'à leur départ final de la péninsule en 1813. Dans cette région de Saragosse, la jolie gitane Paquita croise le chemin de Lucien d'Hervilly, jeune officier et fils du général commandant les troupes de Bonaparte sur place. Eblouie, elle aide Lucien à échapper à un assassinat ourdi par les ibères. Cet amour naissant butte sur leur différence d'origines, mais on apprend bientôt que Paquita est la fille d'un général français, oncle de Lucien, assassiné ici avec sa famille quelques années plus tôt. Cet obstacle levé tout n'est plus que joie, fêtes et brillantes démonstrations au palais du gouverneur.

Ce n'est donc pas une farce ; "Paquita" correspondrait au semi-seria de l'opéra, une histoire sérieuse dotée d'une fin heureuse. Cela ajouté à une restitution voulue fidèle donne un ballet à l'humour rare dont les personnages sont dévoués à leur histoire. Un académisme assumé se dégage de ce beau travail, mais c'est aux dépens de la légèreté et de l'émotion. Les pièces dansées prennent heureusement une place croissante au fil d'un récit qui tend à disparaître dans le long feu d'artifice final. Pour autant on ne quitte jamais le réel. Le thème hispanisant est décidément terrien. A l'âpreté du paysage répond la chaleur des habitants. Pourquoi dès lors s'échapper en rêve de ce lieu fantasmé où nobles et gueux dansent à la moindre occasion? L'espagnol a aussi tôt fait de tuer l'imprudent envahisseur que de lui proposer la gigue. Pas étonnant que les français aient eu du mal à partir! Et depuis, "Paquita" les aident à se souvenir gaiement de ce douloureux épisode de leur histoire.

Une belle pièce classique donc, un peu sérieuse sur les bords, mais qui met en valeur les danseurs par une grande technicité et de nombreuses occasions de briller. Le corps de ballet y trouve largement son compte tant il est souvent détaché en pas de deux, trois ou quatre et met ainsi chacun sous le microscope du public. La fameux pas de trois du premier acte nous a montré un éblouissant Mathias Heymann, tout nouveau premier danseur et qui devrait aller loin. La salle Garnier a rugi de plaisir devant la puissante facilité de ses sauts et impossibles ciseaux. Etrangement, il n'est pas réapparu au salut, frustrant le spectateur d'un bravo supplémentaire. Cette variation est l'une des rares, avec le grand pas, que la tradition a conservé et elle donne un sursaut décalé de brillance au milieu de prosaïques danses gitanes du début. Dorothée Gilbert est une Paquita espiègle et vive, mais pas toujours rassurée par son partenaire, Stéphane Bullion, dans les pas de deux, notamment lors des équilibres. Ce dernier est trop peu expressif, pas assez amoureux, peut-être concentré qu'il est sur la difficulté technique du rôle. Il en franchit tous les obstacles sans problème par ailleurs. La performance n'est certainement pas à sous-estimer, surtout pour la principale ballerine qui danse aussi "Casse-Noisette" en ce moment à Bastille.

Pierre Lacotte peut être fier de son travail et on comprend qu'il tienne à être en coulisses à chaque représentation, même la onzième de la saison, pour voir à nouveau surgir du passé ce vibrant hommage à la danse, enfin complet grâce à lui. Le chanceux spectateur descendant à regret les marches du Palais Garnier, les yeux encore pleins de reflets de tutus chamarrés, lui appartient aussi un peu.