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[archive danse]
Métamorphoses

genre: divers / durée: 1h30


chorégraphe
image disponible Frédéric Flamand
compositeur
Giuseppe Tartini


critique
++__ Installation ou ballet?

création des frères Campana création des frères Campana no comment no comment

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[critique]

++__ Installation ou ballet?

par Louis-David Mitterrand le 17-01-08

Frédéric Flamand innove et crée des ponts entre le monde de la danse et ceux des arts plastiques, de l'architecture, de l'industrie, de la littérature et tout autre sujet connexe. Tel un mineur, il remonte ce filon avec insistance et voit dans la fusion de ces correspondances un genre chorégraphique nouveau. Il ne professe jamais autant le métissage, l'osmose, l'hybridation, que dans cette nouvelle création librement inspirée des "Métamorphoses" d'Ovide. De fait, son spectacle reprend les thèmes allégoriques de ce long poème écrit en l'an 1, du magma informe d'un monde en création à l'émergence de la civilisation humaine. Ce vaste intervalle peuplé des mythes est propice à la féconde imagination du chorégraphe. L'instrument dont il dispose, depuis sa nomination en 2004 à la tête du Ballet National de Marseille, correspond bien à l'ambition du sujet.

Les moyens sont donc là, les idées aussi. Le spectateur est constamment nourri de nouvelles images en succession rapide, tel un ressac océanique. On n'est pas dans le minimalisme, la non-danse. Ceux qui ont peur du vide contemporain peuvent venir en confiance. La matière proposée n'est pas toujours intelligible mais elle existe, pulse, varie, occupe l'espace et capte l'attention. Nous sommes dans le moléculaire, le monstrueux, l'informe, le cauchemardesque. Une sorte d'explosion précambrienne sur un plateau, période où les formes de vies les plus incongrues ont foisonné. L'humain finit par émerger du magma primal, en danseur baroque sur la grande sonate de Tartini. La compagnie termine cette brillante variation en rang au fond de la scène, brève pause avant l'enchaînement suivant. Un de ces moments où le balletomane aime à glisser un applaudissement, voire un cri. Ne serait-ce que pour montrer au monde que la danse n'est pas le théâtre, qu'elle obéit à des codes différents, plus sauvages.

Mais le public de Chaillot s'est tenu coi. Non pas qu'il soit moins renseigné que celui de l'Opéra ou de la Ville. Mais l'oeuvre présentée en impose beaucoup sur le plan esthétique, au détriment de la chaleur transmise. "Attention, ceci est de l'art" semblent nous dire Flamand et les frères Campana, stylistes responsables des costumes et décors. Au point que les danseurs paraissent en être les accessoires pendant un trop long moment. Est-ce une installation ou un ballet? Dans le premier cas, elle est fort réussie. Bien sûr, la danse n'est pas oubliée, mais les danseurs ont du mal à exister dans ce laborieux dispositif scénique. Le sérieux et l'application dominent les visages. Les corps sont mécanisés à outrance par un magicien d'Oz planqué. L'instant baroque apporte enfin un souffle, une émotion, mais trop tard et peu.

Au salut, le public de Chaillot n'est pas avare de ses remerciements. Il est vrai que l'oeuvre est complexe, touffue et propre à pousser une compagnie dans ses retranchements. A ce compte, le Ballet de Marseille ne démérite pas et brille, même.