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[archive danse]
Coppélia (Cisco Aznar)

genre: divers / durée: 2h00


chorégraphe
Cisco Aznar
compositeur
Léo Delibes
danseur
Céline Cassone


critique
- Décalé recalé

affiche affiche

Forum
[18-02-08 par pif]: «commentaire envoyé par une lectrice»
Bonjour, Je viens de lire l'article de Louis-David Mitterrand sur Coppélia Cisco Aznar. ...
[19-02-08 par pif]: «commentaire envoyé par un lecteur»
Concerne COPPELIA par le Théatre de Genève. Assister à COPPELIA et se retrouver avec sur ...
[critique]

-___ Décalé recalé

par Louis-David Mitterrand le 25-01-08

Le conte de Coppélia, danseuse mécanique qui déchaîne les passions dans un village, peut très bien se transporter dans le présent ou, mieux encore, le futur. Après tout, les androïdes seront peut-être nos compagnons dans un avenir pas si lointain, comme le cinéma aime à nous le suggérer à l'aide d'excellents films comme "I, Robot" ou "A.I.". Cette histoire tirée du "Marchand de sable" d'Hoffmann est d'une grande modernité et suscite de vraies questions sur la nature de l'amour, de l'attirance pour l'autre. Comment Frantz peut-il préférer une poupée, même animée, à la ravissante Swanilda qui lui a été promise? Quels sont les ressorts (littéralement) de cette fascination? L'homme aime l'étrange, l'inconnu, peut adorer une entité virtuelle telle qu'un dieu plus que sa vie même. Alors pourquoi pas un automate, dans un monde qui en est dépourvu? Et dans un temps futur où ils pulluleront, prendront un aspect forcément humain, on en viendra à se demander s'ils ont une âme, des droits équivalents aux nôtres. Peut-être envierons-nous ces êtres de plus en plus parfaits, quasiment immortels, pour qui Coppélia relèvera de la mythologie fondatrice.

Mais restons dans le présent encore un instant. Le chorégraphe Cisco Aznar propose une vision toute personnelle du ballet dont fut tiré ce conte en 1870, tout en conservant intégralement la partition originale de Léo Delibes. Retravailler un classique est une entreprise louable, le défigurer non. Or, c'est le résultat obtenu. Un artiste doit certes prendre des risques, proposer des choses nouvelles, à moins de ne faire que du répertoire mais c'est une autre démarche. Ce Coppélia est une refonte profonde et radicale, qui ne s'appuie sur aucun des codes du ballet classique. Et c'est peut-être là que là que le bât blesse. A force de vouloir moderniser à tout crin, faire de multiples clins d'oeil, privilégier la parodie, les références à notre quotidien, la danse a été négligée, voire oubliée. Du coup, l'émotion disparaît. Il ne reste plus qu'une succession de gags vaguement dansés dans un univers kitsch, pop art et bande dessinée. On fait parler les danseurs, le premier acte s'ouvre sur une émission de télévision, la vidéo est envahissante. Bref, Aznar veut amuser la galerie à tout prix.

Tout n'est pas à jeter, bien sûr. Le ballet de Genève est une belle compagnie et ses danseurs ont de réelles capacités qu'ils parviennent à montrer pendant de trop brefs éclairs. Le public ne s'y trompe pas d'ailleurs et glisse un remerciement à l'endroit d'un joli pas classique, tout en restant totalement froid lorsqu'un panneau "applaudissements" l'invite à se manifester. Ce genre de racolage marche peut-être sur la rive suisse du Léman, où l'on est friand des impostures de l'art contemporain, mais pas ici. C'est peine de voire la jolie et fougueuse ballerine Céline Cassone si mal employée dans le rôle de l'amoureuse éconduite Swanilda. Cependant, il faut reconnaître une cohérence au travail d'Aznar. On est loin du grand foutoir politiquement correct habituel à une Robin Orlyn. Il y a une démarche claire chez ce chorégraphe Catalan, une vision, une esthétique, contestables mais qui se tiennent. On peut estimer qu'il fait fausse route, trahit l'oeuvre originale ou même adorer, tout est possible, mais la recherche est bien là, les risques assumés.