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[archive danse]
Un Air de Folies

genre: classique / durée: 1h05


chorégraphe
image disponible Béatrice Massin
compositeur
Marin Marais
danseurs
Céline Angibaud, Sarah Berreby, Laura Brembilla, Adeline Lerme, Laurent Crespon
musiciens
Philippe Cantor, Jay Bernfeld, Ophira Zakaï, André Henrich

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critique
++__ Des folies pas si sages
entretien
____ rencontre de la chorégraphe BEATRICE MASSIN avec le public à Chartres

Un Air de Folies Un Air de Folies notation chorégraphique de Raoul Feuillet notation chorégraphique de Raoul Feuillet

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[critique]

++__ Des folies pas si sages

par Louis-David Mitterrand le 18-03-08

Sur le plateau, basse de viole, théorbe et clavecin attendent sagement, pleins de promesse. Sont annoncées, parmi d'autres, des pièces de Marin Marais, ses "Folies d'Espagne", tout un programme. Le ravissement de "Tous les Matins du Monde" revient en mémoire à l'évocation de ce nom, à la vue de ces instruments, aussi. Cela aurait pu suffire à une excellente soirée. Mais il y a plus. Le baryton (et bien nommé) Philippe Cantor, déjà apprécié dans "Un Voyage d'Hiver" est aussi de la partie. Ainsi que cinq danseurs de la compagnie "Fêtes Galantes". Eh oui, pourquoi se contenter de musique quand on peut enfin goûter, grâce au travail de Béatrice Massin, la danse qui va avec? Car ces variations ne sont pas (toutes) de pures inventions.

L'aimable Raoul Feuillet avait pensé à nous, vers 1700, lorsqu'il créa son système de notation chorégraphique. En préparant la transmission de son art, il nous faisait, à distance, un salut amical. Il espérait garantir contre l'oubli les tendres objets de sa passion: danses, contredanses, gigues et autres rigaudons. En assistant aujourd'hui à cet "Air de Folies", nous lui rendons enfin son salut. S'il a fallu une patience de Champollion pour décrypter ces fameux feuillets, la chorégraphe n'en donne pas pour autant une reconstitution servile mais conserve toute sa liberté d'interprétation.

Ceux qui ont vu "Que ma Joie demeure" ou "Un Voyage d'Hiver" retrouveront dans cette dernière création de 2007 la marque de fabrique de la compagnie: une belle entente sur le plateau. Danseurs, chanteur et musiciens toujours attentifs les uns aux autres, se transmettant l'énergie par des regards surpris, amusés, heureux. Le travail présenté est aussi le leur et ils en sont fiers, à juste titre. La chorégraphe aime à se comparer à une boulangère qui étire la pâte dans tous les sens, mais attend des interprètes qu'ils en soient le levain. Son pain est alors complet, car elle n'en retire pas les éléments de travail collectif. Ebauches, intentions et essais issus des répétitions sont stylisés et intégrés dans la matière même du spectacle.

D'où cette habile illusion de danseurs libres de leurs mouvements, choisissant de danser quand ça leur chante. Libres aussi d'étendre la grammaire du genre jusqu'au point de rupture, mais sans le dépasser, en explorant la dimension horizontale du sol, en taquinant la farandole sur une chanson à boire paillarde. Un bel emportement final où l'on apprend lequel du con ou de la bouteille est plus facile à remplir. C'est aussi ça le baroque, les joies simples de l'existence sans remords ni culpabilité. Un retour à l'essentiel, en somme.