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[archive danse]
La Maison de Bernarda

genre: contemporain / durée: 0h55


chorégraphe
Mats Ek
compositeur
Jean-Sébastien Bach
danseurs
Marie-Agnès Gillot, image disponible Manuel Legris, Laetitia Pujol, image disponible Stéphane Bullion, Charlotte Ranson, Aurélia Bellet, Amélie Lamoureux

  • du 25-04-08 au 11-05-08
    75008 Paris
    tel: 0 892 89 90 90
    site: www.opera-de-paris.fr

    infos: 28, 30 avr., 2, 3 (14h30/20h), 4 (14h30), 5, 8, 9, 10 (14h30/20h), 11 (14h30) mai 2008 19h30

    prix: de 6 € à 63 €

critique
- Inutile

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[critique]

-___ Inutile

par Louis-David Mitterrand le 28-04-08

Inutile, le premier mot qui me vient au tomber de rideau. Le public acclame cette entrée au répertoire de l'adaptation par Mats Ek de la pièce de Garcia Lorca. Les danseurs de l'opéra, Legris, Gillot, Pujol et les autres, font ce qui leur est demandé, et fort bien. Mais il ne se passe rien sur scène, autre que purement visuel. Quel est le propos de Mats Ek? S'il veut transmettre le climat oppressant imposé à ses cinq filles par une veuve dans une Espagne au seuil de la guerre civile, il y a alors de sévères pertes en ligne. En voulant éviter de tomber dans le sérieux par de constantes pirouettes, le tragique de la pièce lui échappe complètement. Le suicide final de la cadette n'est qu'une péripétie, traitée, comme le reste, de façon explicative, à grand renfort d'effets. Mécanisés, les personnages sont dépouillés de leur humanité. Le chorégraphe veut faire plaisir, lance des clins d'oeil complaisants au public et ça fonctionne, hélas.

Revenons sur le mot inutile. Comment raisonner en termes utilitaires dans le domaine artistique? L'art a un rôle politique car, au minimum, il contribue à forger une conscience collective. Ou du moins devrait-il avoir cette ambition. Les grands ballets classiques ont un contenu politique, si on les examine attentivement. C'est d'ailleurs le cas de toute oeuvre qui franchit les époques. D'autres passent à travers les mailles du temps. Cette "Maison de Bernarda" avait la pertinence de sa nouveauté lors de sa création en 1978, mais apparaît bien fade 30 ans plus tard, comme dénuée d'intention. La scène où Bernarda décroche le christ de sa croix pour un pas de deux ambigu avait dû faire grand bruit à l'époque. Aujourd'hui elle apparaît bien facile et hors-sujet face au danger des vrais intégrismes. Reste une pure performance dont le clinquant parvient juste à masquer le vide.

Ah oui, j'allais oublier le détail qui tue : le choix de se passer de musiciens. Ce doit être une volonté délibérée du chorégraphe car l'insuffisance de moyens apparaît peu probable. Ou alors on manque soudain de guitaristes classiques. En avoir un ou deux sur scène, parmi les danseurs, aurait contribué à réchauffer cette oeuvre et - qui sait ? - faire naître l'émotion. Quoi du plus plausible, en Espagne, que de jouer de la guitare assis sur le perron d'une maison ? Même les pièces d'orgue du début pouvaient être transposées vers d'autres instruments. Au lieu de ça, le spectateur subit les grésillements des haut parleurs et le souffle d'une bande son trop amplifiée en pleine salle Garnier. Une souffrance, un mur du son privant les interprètes d'espace de jeu.