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[archive danse]
La Dame aux Camélias

genre: classique / durée: 3h00


chorégraphe
image disponible John Neumeier
compositeur
image disponible Frédéric Chopin
danseurs
image disponible Agnès Letestu, image disponible Stéphane Bullion, image disponible José Martinez, image disponible Dorothée Gilbert, image disponible Delphine Moussin
musicien
Michael Schmidtsdorff

  • du 21-06-08 au 12-07-08
    75008 Paris
    tel: 0 892 89 90 90
    site: www.opera-de-paris.fr

    infos: Représentations 23, 25, 26, 28 (14h30/20h), 30 juin, 1er, 2, 3, 4, 5, 7, 8, 9, 10, 11, 12 juil. 2008 19h30

    prix: de 6 € à 80 €

critique
+___ Rendez-vous manqué

Agnès Letestu et Mathieu Ganio Agnès Letestu et Mathieu Ganio salut salut

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[critique]

+___ Rendez-vous manqué

par Louis-David Mitterrand le 07-07-08

Tous les ingrédients sont en place pour une grande soirée: rideau ouvert sur le décor magnifique du prologue, l'orchestre complété d'un piano (Chopin oblige) est là qui fourbit ses instruments, l'anticipation palpable d'un public conquis d'avance. Il sait que John Neumeier est un chorégraphe généreux, ouvert, transparent. Le souvenir enchanteur de Sylvia en 2002 flotte encore dans certaines mémoires. L'oeuvre est là elle aussi, pleine de promesse: quoi de plus adapté à la danse que l'histoire tragique de Marguerite Gauthier et Armand Duval? Cela au crépuscule du romantisme et accompagné de la musique de Chopin. Tout semble dit.

Mais je suis désolé de dire que je n'ai rien ressenti à la vue de ce ballet. Les timides réactions de la salle Garnier entre les variations pointent dans la même direction. Une ambiance pas facile à vivre pour les danseurs: ils en deviennent tendus et s'abandonnent moins. Ce qui refroidit à nouveau le public dans un cercle difficile à briser. Certes la troupe eut de longs remerciements au salut, mais en forme de consolation et d'autant plus appuyés. Oui c'est un beau spectacle, rien à dire là-dessus: décors, costumes, danseurs, musique, tout était parfait. Mais demeure la lancinante question: où est passée l'émotion? Un tel assemblage ne pouvait manquer d'en produire. Et pourtant.

Est-ce la facture trop sage de ce ballet créé en 1978? Il est vrai que Neumeier ne perturbe en rien le spectateur. Les codes du ballet classique sont largement repris. On pourrait parler d'un excès de confort, voire d'une conception lisse, peu dramatique. Est-ce la musique de Chopin, brillante mais autocentrée? Ses valses ne sont plus des danses mais des idées en rapide succession. Les danseurs peinent à y entrer. Les nombreux portés n'ont pas la fluidité voulue, cette texture fusionnelle indispensable. Malgré une exécution parfaite, le 1-2-3 y reste apparent.

Autre chose: un défaut de cohérence. Intégrer l'Histoire de Manon comme ballet dans le ballet est une excellente idée. Le parallélisme est intéressant, le procédé élégant: Marguerite passait son temps au spectacle. Mais Manon est présentée en parodie, puis en rêve, les histoires s'entrecroisent, leurs personnages se touchent. Les deux groupes finissent par se cannibaliser. Il leur manque une cloison, ne serait-ce que la fine membrane d'une bulle onirique.

Pour finir, deux ingrédients essentiels manquent à l'appel qui auraient pu conduire à l'émotion: sexe et humour. La sexualité de Marguerite et Armand est escamotée, les personnages vides de désir, leur sensualité théorique. Un trop bref passage du ballet, le plus applaudi du public, montre l'étendue de cette lacune: une partie de campagne où la jolie Prudence montre ses dessous à un garçon qui dresse alors sa cravache comme un phallus. Il n'y aura rien de plus. Où est l'envoûtement érotique du "Proust ou les Intermittences du Coeur" de Roland Petit? Il eût été à sa place ici, ô combien. L'humour? "Sylvia" nous avait fait rire, puis ému, intrigué, ravi. Pourquoi le même Neumeier est-il si sérieux avec "La Dame au Camélias"? 20 ans séparent ces deux ballet. De quoi changer un artiste.