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[archive danse]
Que ma joie demeure

genre: divers / durée: 1h00


chorégraphe
image disponible Béatrice Massin
compositeur
Jean-Sébastien Bach

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critique
+++_ Hymne à la joie de danser

la compagnie Fêtes Galantes dans ses oeuvres la compagnie Fêtes Galantes dans ses oeuvres s'envolera-t-il? s'envolera-t-il?

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[critique]

+++_ Hymne à la joie de danser

par Louis-David Mitterrand le 16-02-07

Le noir se fait enfin, le spectacle va commencer. C'est le petit instant où l'air se densifie d'anticipation. Le cortex fatigué réclame sa nouvelle dose de stimulation sensorielle. Mais là, rien. On reste dans le noir quelques instants et il ne se passe rien. Alors naturellement l'esprit finit pas se mettre en veille, arrêter de réfléchir. A ce moment là apparaît un grand carré rouge sur le scène, entièrement vide. Dans le silence des personnages apparaissent autour du carré, regardant nonchalamment son espace. Ils ont des vestes légères en forme de redingotes variant en couleur du jaune au rouge vif, des culottes à l'ancienne et des chaussures blanches façon 17e. L'un (ou est-ce l'une? tous ont le même habit) se risque à toucher le rouge du carré de la pointe du pied et il est pris, bien sûr, d'une incontrôlable envie de danser. Les autres semblent trouver l'essai du téméraire concluant et se prennent à traverser le rouge par deux, trois puis quatre. Lassés de ce jeu, tous se retrouvent au bord et marchent sans but apparent. Flottement, jusqu'aux premières mesures d'une suite de Bach qui emportent résolument les corps dans le mouvement.

Des ruptures, ce ballet abstrait n'en manque pas. A chaque instant on est surpris de ce que les danseurs choisissent de faire. Car on a vraiment l'impression qu'ils sont en liberté, bien loin des contraintes d'une chorégraphie. Ils paraissent quitter la scène sur un coup de tête et y revenir trouvant la gigue suivante assez plaisante. Ces deux-là font des tours? Eh bien, deux autres viendront les rejoindre, pour le plaisir, et uniquement pour cela, semble-t-il. C'est du moins la savante illusion entretenue par Béatrice Massin, chorégraphe et ses dix danseurs. Et comment ne pas partager leur joie de danser? Leur jeux pourrait-on même dire. Des jeux d'enfants heureux et libres, sans la moindre préoccupation. Envoûté par le contrepoint, la fugue et les corps qui virevoltent, on sent le public de la grande salle Jean Vilar qui retient son souffle, en proie à une hallucination collective que seule la danse peut donner: n'avoir plus de corps, plus de poids. Etre et ne pas être à la fois.

Cela s'appelle un ballet baroque et il est vrai que les costumes, la musique et le langage chorégraphique rappellent le siècle du roi soleil avec l'émotion propre à ce voyage temporel. On tourne autour d'un style sans jamais s'y enfermer. D'ailleurs vestes et chaussures finissent par tomber à mesure que les danseurs poussent plus loin l'exercice. Les fêtes paysannes et païennes ne sont jamais loin dans cette évocation de l'aube du ballet moderne. Une époque où l'obscurantisme religieux ne parvenait plus à empêcher le roi lui-même de régler les ballets de la cour. Le travail magnifique de Béatrice Massin et de sa compagnie est un hymne à la joie irrépressible de danser.