Share/Bookmark
[archive danse]
Blanche Neige - Preljocaj

genre: classique / durée: 1h50


chorégraphe
Angelin Preljocaj
compositeur
Gustav Mahler

» [voir toutes les dates]
critique
+___ Veni, vidi, dormi

affiche affiche

Forum
Soyez le premier à donner votre avis
[critique]

+___ Veni, vidi, dormi

par Louis-David Mitterrand le 13-10-08

Commençons par la fin, comme dans un épisode de Colombo. Le public aime et rappelle trois fois la compagnie, fort méritante il est vrai. Le chorégraphe Angelin Preljocaj vient saluer sous les bravos. Dans une manifestation assez barbare la salle vote en tapant des pieds. Rien de plus éloigné de la danse que ce passage d'un troupeau de buffles pendant le salut. Enfin, pour ma part le ballet m'avait laissé sur Terre, donc la descente fut courte.

Cette "Blanche Neige" est une bel objet, agréable à regarder mais c'est tout. Le récit est bien là, les personnages, leur progression. Rien à dire là-dessus. Le conte, rhabillé par Jean-Paul Gaultier, est intelligible, le piège de la complaisante parodie évité, le contrat rempli en somme. Mais c'est bien trop peu au regard de l'ambition légitime d'un tel projet. Qui est Blanche-Neige? On n'en saura rien. Elle reste le personnage lisse raconté aux enfants. De même la méchante reine, le benêt de prince, l'impuissant roi. Aucun n'a fait de progrès depuis Grimm. Pire, les nains de Walt Disney avaient bien plus de personnalité. Ici ils sont parfaitement interchangeables.

Malgré les costumes, assez ridicules d'ailleurs et qui tuent virilité autant que féminité, ce ballet est d'un bien trop grand classicisme. Ensembles et pas de deux ne dénoteraient pas dans une matinée de la salle Garnier. Pourquoi tant de moyens, tant de travail (visible) et de talent (certain) si mal employés? On n'a pas voulu prendre de risque et ça se voit.

Autre chose: la musique de Mahler est une catastrophe, trop riche en cuivres, en impressions fugaces, peu rythmique, elle écrase et déroute les danseurs. Le volume excessif de la sono, lui, assomme le spectateur. Le principe même de musique enregistrée est choquant dans une production de ce niveau. Passe encore dans une petite compagnie ou en tournée. Mais là, encore une fois, on choisit la facilité de piocher dans la "grande musique", et on laisse de coté compositeurs et musiciens d'aujourd'hui, dont la contribution aurait peut-être fait la différence. Un peu comme si le 20e siècle n'avait pas eu lieu. A l'image du spectacle.