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[archive danse]
Good Morning Mr Gershwin

genre: moderne / durée: 1h20


chorégraphes
José Montalvo, Dominique Hervieu
compositeur
George Gershwin
danseurs
Christelle Nazarin, Sabine Novel, P. Lock, Karla Pollux, Priska, Alex Tuy, Mélanie Lomoff, Mansour Abdessadok, Warren Adien, Arthur Benhamou, Franz Cadiche, Katia Charmeaux, Emeline Colonna, Nicolas Fayol, Blaise Kouakou


critique
++__ Conçu pour plaire

affiche affiche no comment no comment

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[critique]

++__ Conçu pour plaire

par Louis-David Mitterrand le 12-01-09

Voilà un spectacle conçu pour plaire, et d'ailleurs il plaît au plus grand nombre d'après la réaction du public: battements de pieds (cette fâcheuse habitude s'installe à Chaillot), rappels, cris. Cela demande du métier et du talent de rassembler ainsi tous les bons ingrédients. Montalvo et Hervieu, chorégraphes et nouveaux patrons des lieux, n'en manquent pas, c'est certain. Leurs danseurs sont tous d'un excellent niveau technique, leur travail précis. L'énergie ne manque pas sur scène. La (trop) parfaite maîtrise de l'outil vidéo fusionne habilement une foule d'espaces-temps: passé, direct, New-York, sous l'eau, château de sable, poissons, etc.

Le hic? Comme dirait un professeur d'art dramatique après l'exécution parfaite d'une scène: "mais où est l'émotion?". La technique, encore une fois parfaite, prend le pas sur le reste. De récit point. Il s'agit plutôt d'une sorte de revue, de numéros d'artistes sans véritable suite ou progression. On mélangerait tout dans un chapeau que ça ne changerait pas grand chose. Différents styles sont savamment distillés: pointes, jazz, smurf, hip-hop, contemporain, tout y passe ou presque. Plus oecuménique tu meurs. Une belle liberté mais au prix de la cohérence.

Il s'agit de rendre hommage à Gershwin, au New-York des années vingt, à sa musique, aux artistes de toutes origines qui l'ont porté jusqu'à nous. Louable intention, mais est-il raisonnable de parler de musique vivante, de jazz, sans mettre un seul musicien sur scène? Une vieux piano de bastringue sur un coin du plateau eût distillé plus d'émotion que la débauche de moyens techniques lâchés sur le spectateur. Pas un instant je ne me suis senti transporté vers la patrie de Gershwin, que ce soit dans un Cotton Club au public exclusivement blanc, ou bien dans un de ces troquets où les artistes exclusivement noirs venaient finir la soirée.

Au foisonnement, à la liberté artistique des années vingt répond la violence et la ségrégation. C'est sur ce dernier aspect qu'insiste lourdement le spectacle, par une succession d'images retraçant la lutte pour les droits civiques du peuple noir américain. On s'attendrait à y voir l'élection d'Obama comme fin heureuse (ne serait-ce qu'une image) mais l'histoire s'arrête, bizarrement, en 1992. Allez comprendre. Pour manipuler la légitime compassion du public on ne s'y prendrait pas autrement. La vidéo cesse alors d'être l'accessoire de la danse et devient le principal, envahissant et bien peu subtil. On note une fâcheuse proximité avec le travail d'une Robyn Orlyn, dans la forme et le message.

Néanmoins Montalvo et Hervieu savent préserver l'essentiel. Ce divertissement mérite d'être vu, ne serait-ce que pour en admirer les divers talents et imaginer leur puissance lorsque mis au service d'un véritable propos. Il ne sera jamais démodé de raconter une histoire.