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Les Arts Sauts : "Ola Kala"

genre: divers / durée: 1h15


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++__ Le grand saut

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[critique]

++__ Le grand saut

par Anne Eyrolle le 19-02-07

Dans quelle rubrique classer ses drôles d'oiseaux? Danse? Théâtre? N'ayant pas -encore- de rubrique cirque, ce site m'oblige à faire un choix... qui ne tarde pas. Oui, ils sont bien danseurs, ces artistes de la compagnie des Arts Sauts. Il suffit de les voir, mettant à l'épreuve de la gravité leurs silhouettes d'athlètes et redoublant de souplesse grâcieuse dans une chorégraphie rigoureuse.

Mais soyons clairs : leur pays artistique d'origine c'est bien le cirque. Leur chapiteau planté, en l'occurrence, à deux pas de celui d'Alexis Grüss, en est témoin. Le trapèze, qui reste leur outil majeur et auquel ils donnent, de fait, toute sa noblesse, en est un autre.

Sinon qu'il ne s'agit pas de n'importe quel chapiteau. D'abord, celui-là est une bulle d'air que l'on pénètre à travers des espèces de punching ball gonflés à bloc. "Bienvenue dans la matrice du Spectacle", semble ainsi nous prévenir la troupe. Ensuite, il y a les sièges, placés à la quasi-horizontale tels des transats de plage. Le corps confortablement installé, c'est le regard qui, planté vers la voûte arrondie, s'apprête à vivre une expérience spectaculaire. Et les oreilles, aussi, car avant même que la lumière et les danseurs soient, des sonorités sauvages habitent la bulle.

Et c'est vrai que, dès leurs premières apparitions, les artistes ont quelque chose d'une société archaïque comme il en survit dans de lointaines contrées. Grimés, tatoués, les voici qui pieds nus arpentent l'immense structure de métal planté au centre de la sphère, avec une agilité qui laisse présager des figures aériennes d'une qualité rare. Ils inquiètent, ils fascinent. Vont-ils oser? Et, oui, ils sautent : de trapèzes en mains tendues, de cordes en filins, ils s'amusent, rivalisant de courage sous le coup de l'émulation que leurs bondissements provoquent entre eux. Et oui, le spectateur est fasciné : voici l'Homme, cet ange déchu prêt à tout pour transcender sa réalité physique et voler, virevolter plus haut que nos yeux n'osent y voir.

Les Arts Sauts font bel et bien du cirque. Au sens où seul cet art a une telle capacité de fournir du spectaculaire aux yeux de l'adulte qu'il est devenu si difficile de surprendre. C'est cela, la fonction du cirque, et que l'on résume souvent en parlant d'un spectacle apte à "réveiller en chacun son âme d'enfant". L'enfant est prêt à tout croire, à se laisser épater par tout ce qui se présente à ses yeux. Nos yeux d'adulte, ici, sont épatés.

Malheureusement, l'adulte a, souvent, ce défaut de sortir très vite de cet émerveillement enfantin : la chute répétée par deux, trois, voire quatre trapézistes et, malgré eux, les "grands" ne voient plus que du défi dans ce qui devrait rester du spectaculaire : y arrivera? Y arrivera pas? Le voici qui s'angoisse et compâtit. Or la compassion est l'ennemi majeur de l'étonnement. Et le soir où nous y étions les chutes se sont cumulées... Peu, certes, mais suffisamment pour nous faire basculer du côté du spectateur stressé et, donc, moins agréablement subjugué. Une autre réserve peut venir de la structure de métal qui, certes bien pensée pour permettre des virevoltages en tout genre et tout sens, a tendance à gêner la visibilité.

Il n'empêche : l'heure et des poussières passe l'air de rien et, justement, le regard toujours en l'air. Un regard souvent attiré, aussi, par les ombres magnifiquement cinématographiques qui se dessinent sur les courbes de la bulle, et par les chanteuse et musiciens perchés eux aussi à 12 mètres au dessus de nos têtes. En grec, "Ola Kala" signifie "tout va bien". Et c'est vrai que sous ce chapiteau gonflé, tout va presque pour le mieux dans le meilleur des mondes du nouveau cirque.