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[archive danse]
Don Quichotte

genre: divers / durée: 2h10


chorégraphe
Rudolf Noureev
compositeur
Ludwig Minkus
danseurs
image disponible Agnès Letestu, image disponible José Martinez, Nolwenn Daniel, Jean-Guillaume Bart, Alessio Carbone

  • du 27-02-07 au 01-04-07
    75008 Paris
    tel: 0 892 89 90 90
    site: www.opera-de-paris.fr

    infos: 1er, 2, 4 (14h30), 5, 7, 9, 12, 15, 17, 23, 26, 28, 31 mars, 1er (14h30) avril 2007 19h30

    prix: de 5 € à 75 €

critique
++__ Comment devient-on baletomane?

Kitri Kitri

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[critique]

++__ Comment devient-on baletomane?

par Louis-David Mitterrand le 28-02-07

Une représentation de ballet à l'Opéra de Paris est un monde en soi, une sorte de club. Un noyau dur d'individus semble assister à tous les spectacles, au point de faire partie du décor. C'en est presque rassurant: leur présence atteste qu'il n'y a ni séisme, ni radioactivité à prévoir, que la compagnie n'est pas en mutation. Et je ne parle pas des petites danseuses accompagnées de leur mère, des inévitables japonaises, du récent saupoudrage de russes au "da" sonore, ou encore des dames bien portantes d'âge mûr venues avec leur copine. Non, il s'agit de véritables baletomanes, connaissant le pédigré de chaque danseur et dont la claque enthousiaste emporte la salle et électrifie la scène.

Car le danseur est un être fragile, en proie au doute, instinctif et intuitif, et ce dialogue constant avec le public le porte. Après un adage ou une variation, l'orchestre prend une respiration et les applaudissements investissent naturellement cet espace, le public et les danseurs se regardent, le chef regarde les danseurs, les musiciens regardent le chef, le ballet suspend son vol pour un bref remerciement. Et personne ne sort de l'état, de son rôle. Tout reprend mais avec l'émotion ajoutée de l'échange.

Don Quichotte n'est pas un sujet évident de ballet: vieux chevalier obsessionnel et pas franchement leste, en quoi peut-il inspirer une chorégraphie? Ce contraste justement fait le pain béni d'une farce, où la sénilité et l'impotence du vieil homme le disputent à sa galanterie à l'endroit du beau sexe. Plus seulement tourmenté par des projets guerriers aussi vains que fous, Don Quichotte est maintenant en proie aux apparitions d'une jeune beauté aux pieds agiles. Il retrouvera cette Dulcinée d'antan dans les traits de la superbe Kitri, elle-même amoureuse d'un Basilio trop pauvre au goût de son père. Comme souvent en pareil cas les amants choisiront la fuite, entraînant derrière eux père, prétendants, Don Quichotte et le fidèle Sancho Pança.

Agnès Letestu est une Kitri vive et insaisissable mais un peu sage, on la voudrait plus insolente, aguicheuse. José Martinez est un Basilio naturel, évident. Tout deux ne laissent pas soupçonner la difficulté de ce ballet redouté entre tous par les solistes. Les personnages de relief fourmillent dans cette histoire, notamment un gitan très convaincant par Alessio Carbone, ou un superbe Espada incarné par Jean-Guillaume Bart, ou encore la danseuse de rue de Nolwenn Daniel, même si un peu académique. Le travail d'ensemble est de haute facture et comme dans tout ce qui porte la patte Noureev, le corps de ballet tient bien souvent le premier rôle, notamment dans l'éblouissant final.

Tout cela fonctionne à merveille et c'est un régal. La compagnie remplit fort bien sa mission de conservation d'un riche patrimoine. Mais ne pourrait-on pas faire évoluer ces pièces qui n'ont pas bougé d'un iota depuis leur refonte par le maître? Une transposition à notre époque, par exemple, pourrait en démultiplier le comique et l'énergie tout en élargissant le cercle des baletomanes.