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Construction/Composition

genre: divers


artiste
Lucien Hervé

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critique
++__ Photographie et architecture: deux âmes d'artistes en communion

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[critique]

++__ Photographie et architecture: deux âmes d'artistes en communion

par Clémence de Cambourg le 01-04-07

Comment raconter les années 50? Les historiens avancent la guerre de Corée, l'insurrection hongroise, la guerre d'Algérie, de Gaulle, l'avènement de la Vème République. Devant la toile, les cinéphiles ne jurent que par la Nouvelle Vague de Godard, Truffaut et Rosselini...Ils pensent aussi à Jacques Tati, qui en 1958 réalisait " Mon Oncle ", l'un des rares films français rendant hommage à l'architecture moderne, l'habitat nouveau comme l'émergence des villes nouvelles d'après-guerre.

Pour les professionnels de l'équerre, qui naturellement connaissent cet incontournable film de Tati sur le bout des doigts, les années 50 riment avec un grand maître : le Corbusier bien sûr. On sait qu'au-delà d'avoir posé les grands principes de l'architecture moderne dans les années 20 -le purisme-, l'artiste a beaucoup voyagé après la seconde guerre mondiale, ayant pour mission d'orchestrer des grands chantiers d'urbanisme, à Brasilia notamment. La fondation Le Corbusier propose actuellement une exposition de photographies de Lucien Hervé, qui pendant 20 ans a travaillé au côté du grand maître. Dans le salon de la Villa La Roche, les clichés d'Hervé illustrent la construction de Chandigarh, cité indienne symbole des villes nouvelles.

Cette série de photographies présentée à la Fondation Le Corbusier, met en exergue l'amitié étonnante des deux artistes, dont l'origine se situe à la fin des années 40. En effet, tout commence à Marseille en 1949. Lucien Hervé se rend sur le chantier de " l'unité d'habitation " entamé par Le Corbu dans le sud de la France. Là, avec son appareil de photo Rolleiflex, il réalise en 24 heure pas moins de 600 clichés. Le Corbusier est conquis. Le photographe, qui a également travaillé au côté de Fernand Léger et Magritte, ne quittera plus l'architecte suisse jusqu'en 1965. Lucien Hervé l'accompagne d'abord dans ses expéditions " urbanistes " aux quatre coins du globe, mais revient également sur ses travaux antérieurs : peintures, meubles, et sculptures. L'oeuvre du grand maître est ainsi immortalisée, et ce à sa propre demande, selon ses choix. Les photographies d'Hervé demeurent naturellement une source documentaire inégalable, mais ne voyons pas seulement l'attrait documentaire de ses compositions. Ses photographies lyriques et abstraites dévoilent l'oeil d'un artiste sensible aux jeux de formes et des lumières, tel un Mondrian ou le grand Vasarely. Hervé embrasse le style de l'architecte avec cohérence et parfaite justesse.

Certes, la Fondation présente là une exposition qui toujours nous permet d'approfondir nos connaissances sur les créations de Le Corbusier. Mais par cette série de photographies, nous plongeons avant tout au coeur de cette amitié exceptionnelle, cette union d'âmes extraordinaire génératrice d'émotion plastique. Et puis se rendre à la Villa La Roche, c'est se perdre dans un dédale architectural en sifflotant. On ne l'aura jamais assez dit, cette " promenade " est délicieuse.