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[archive exposition]
Galierock

genre: divers


artiste
Jean-Charles de Castelbajac


critique
+++_ Castelbajac: 40 ans de mix pop rock baroque

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[critique]

+++_ Castelbajac: 40 ans de mix pop rock baroque

par Clémence de Cambourg le 25-04-07

Si j'aime Jean-Charles de Castelbajac, c'est parce que comme lui, j'apprécie tout ce qui est " ludique, carré et coloré ". Je rajouterais volontiers " excentrique ". Vous m'excuserez, je n'ai franchement pas l'habitude d'écrire un article à la première personne (et c'est peut-être parce que l'écriture journalistique française n'en est pas férue...à la différence des anglo-saxons !). Mais pour vous parler de son exposition-rétrospective au musée Galliera -il l'a lui-même scénographie- je ne peux que vous relater une expérience personnelle...Celle d'un été. C'était en 2002.

Je consommais cet été-là quelques jours de repos délicieux chez un très bon ami dans le Gers, " la Toscane française " de Stendhal. Parent de la famille Castelbajac (Jean-Charles son oncle, et ses deux fils, Louis-Marie -alias Loulou- et Guilhem, ses cousins), mon ami me propose un soir d'aller boire un verre au Château de Loubersan, leur demeure en somme. Je me souviens d'un imposant château moyenâgeux, qui à l'intérieur subissait une série de travaux pour le moins colossaux. Je n'ai objectivement de cette soirée que des souvenirs diffus, mais je me souviens très nettement d'un serein châtelain aux yeux de cocker enchanteurs, sirotant un whisky " on the rocks " les fesses callées dans une chaise Louis XVI récemment tapissée de...camouflage (c'était l'année où le tissu militaire était à la mode! On s'en souvient tous...et ça nous fait déjà sourire). L'aristo Rock' n Roll nous racontait l'avancement de ses travaux avec beaucoup de fierté. Je buvais ses paroles acidulées bien sûr, et pour cause : je chéris son monde. Mon ami m'a toujours un peu taquiné quant à mon goût prononcé pour le rose, l'art contemporain japonais (les figurines à la Murakami et Nara), la papeterie fleurie un peu " cul-cul ", les gommettes colorées et les stickers urbains dont ma salle de bain regorge. Il n'empêche qu'il a toujours -je crois- été attendri par mon attrait pour les créations de son oncle. La preuve : le plus joli cadeau qu'il m'ait offert est un tee-shirt gris vintage Mickey troué aux au niveau du col.

Et Mickey justement, Castelbajac l'adore. Parce que Castelbajac n'a jamais quitté le monde de l'enfance. Et cet univers dans lequel vit Castelbajac, ce monde-là, il se l'ait approprié comme une enfant s'approprie une poupée et les personnages de bande dessinée. " Galierock " nous plonge dans son univers créatif rock-pop baroque qui l'anime depuis 40 ans avec exaltation. Dans la première salle de l'expo, on contourne son Rubrick's Cube clignotant, une oeuvre présentée à la FIAC en 2006, qui d'emblé démontre l'intérêt du créateur pour le ludique et le récréatif. La grande salle du musée Galliera, coeur de l'exposition, présente une longue série de ses " robes-objet ", robes-tableaux " et " robes-hommage " présentées pour la première fois par le créateur au début des années 80: Mickey, Betty Boop, Hello Kitty, comme Marilyn Monroe, Jackie Kennedy et Vanessa Paradis sont représentées sur ces robes qui incarnent cette patte unique, cette touche 100% JC/DC tant appréciée outre-manche et aux Etats-Unis. Des artistes ont collaboré avec lui sur ces projets, notamment Combas, Keith Haring et Ben, avec pour ce dernier la célèbre robe : " je suis toute nue en dessous ". En se baladant devant ces créations, on s'interroge, et sans être ni cérébral ni intello, mais plutôt instinctif : la mode est-elle un art ? L'art est-il une mode ?

Puisque cette exposition est très personnalisée, on découvre sur les murs du musée une sélection d'oeuvres de la collection d'art contemporain du créateur. Nous ne sommes pas surpris d'y trouver les travaux des artistes français Artus, Olivier Babin et Alain Sechas, et bien sûr le japonais Yoshitomo Nara...Sa collection n'est autre sinon le reflet de son miroir baroque: la couleur, les figurines d'enfance, le graphic-design et l'art urbain aussi. Il le dit lui-même rappelez-vous : " je suis ludique, carré et coloré ".

Dans la salle principale du musée, nous sommes invités à nous asseoir sur un immense trône en satin rose. De lui, Castelbajac avance prétentieusement il faut l'admettre mais tout aussi chaleureusement: "Ce trône, c'est le vôtre. Et vous pouvez régner sur mon royaume le temps qui vous chantera. My world is yours ! ". Je vous invite à vous approprier le monde de Castelbajac, le temps de " Galierock " au moins, cette exposition vitaminée qu'il a lui-même conçue et sonorisée. Son univers est le mien en tout cas. Oui, je n'ai jamais quitté le monde de l'enfance, et à la différence de certains " kidults " post-trentenaires (ce que je ne suis pas d'accord!), je n'en ai pas honte. Il serait crétin de le camoufler. D'autant que le camouflage, en 2007, c'est complètement has been. Seul cet idiot connu sous le nom de George W Bush me contredirait.