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[archive exposition]
Siegfried Jegard est un monstre

genre: divers


artiste
Siegfried Jegard

  • du 05-06-07 au 28-07-07
    14, rue de Thorigny, 75003 Paris

    infos: du mardi au samedi de 11 heures à 19 heures


critique
+___ Siegfried Jegard : un monstre gentil

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[critique]

+___ Siegfried Jegard : un monstre gentil

par Clémence de Cambourg le 26-06-07

" L'écriture automatique " de Siegfried Jegard, artiste trentenaire diplômé des Beaux Arts de Paris, couvre jusqu'à la fin du mois de juillet les murs de la galerie Addict. Avant de présenter Siegfried, ainsi que ses personnages naïfs, mais pas pour autant gobe-mouches, soulignons que pour une galerie encastrée entre deux murs du 3ème arrondissement, l'espace y est très généreux et épuré. La générosité de cet espace rime avec l'hospitalité des gens qui y travaillent, loin d'être contaminés, comme dans tant d'autres galeries parisiennes, par une accablante disette de jovialité, glaçante et peu réconfortante pour le visiteur pathétiquement incliné à pénétrer le petit univers en marchant sur la pointe des pieds...et surtout...attention...en ne respirant pas trop fort.

Le titre de l'exposition actuellement présentée à l'espace Addict, qui mot pour mot annonce:" Monsieur Siegfried Jegard est un monstre ", laisse dubitatif. Faudrait-il , sur le champ de bataille artistique, et parce qu'il est pénible et périlleux que de se faire connaître, se présenter comme un monstre pour se mettre en avant, en somme " exister ", quand les institutions nous tournent le dos? (Notamment les FRAC? ). " Je ne suis pas un artiste post pop conceptuel néo-romantique folk trash, je suis un monstre", déclare Siegfried. Voilà. C'est dit. Mais comment ça un monstre?

Au 1er étage de la galerie, les dessins présentés, réalisés à l'encre noire sur papier Canson, d'emblé nous plonge dans un monde onirique au coeur duquel Siegfried semble vouloir nous plonger à l'infini - les rêves, l'imaginaire ont-ils des limites ?- Cette collection de dessins " automatiques ", dont le "carnival of soul", représente des créatures hybrides et métissées, des monstres naïfs et autres avatars se combinant à leur environnement et se déployant dans une mise en scène onirique de l'instant. La disposition de ces Cansons, qui objectivement dévoile un monstre gentil très soigné ayant su faire preuve de beaucoup d'assiduité de derrière son pupitre à l'école, est justement...trop parfaite pour s'interroger sur la véracité de sa potentielle monstruosité. Peut-être trop nombreux aussi ces Cansons, pour s'y arrêter vraiment, donc s'y attacher. Si on a du mal à s'arrêter sur un dessin le temps de le disséquer - parce que nous sommes toujours attirés par celui d'à côté, celui que finalement nous n'éplucherons pas plus- nous ne pouvons que saluer l'exactitude, frisant la maniaquerie obsessionnelle, du trait noir de Jegard. Les Beaux Arts de Paris auront su lui apporter la technique, ou au moins lui confirmer ce don, cette habileté indiscutable qu'il a pour le dessin.

Descendez au sous-sol si vous le voulez bien. Mais n'y restez pas trop longtemps, car l'artiste surdoué pour le dessin en est un de l'encre noire. Une fois agrippé à ses fins pinceaux pour réaliser des aquarelles, vous le visualisez, une fois de plus, derrière son pupitre, sage comme une image. Et parce que vous avez envie de satisfaire votre curiosité, vous vous questionnez: Mais où est donc le monstre Jegard? Remontez donc au rez-de-chaussée... Prenez l'escalier en sens inverse et cette fois-ci, ne ratez pas cette troublante composition intitulée "Where is my mind".

Il faut se poser tranquillment sur les marches pour découvrir ce dessin captivant, dérangeant, donnant à votre visite un intérêt indiscutable. Si elle n'est certainement pas révélatrice d'une personnalité " monstrueuse ", cette oeuvre laisse entrevoir un artiste tourmenté, préoccupé. En d'autres termes, un être qui ne pourrait ni subir ni se satisfaire d'imbécilité heureuse. Jegard, clairement, gagne des points, mérite une image... Non, Jegard ne propose pas là une illustration imaginaire du titre éponyme des Pixies tout droit sorti de l'album Surfer Rosa. " Where is my mind ", c'est d'abord un visage, celui d' une femme, d'une jeune fille peut-être, exhibant les traits d'une finesse que seule une lame de couteau saurait esquisser. A première vue, sage ce personnage, loin d'être affolé. Serein, tranquille, un peu mélancolique c'est tout. Pourtant, la façade, et cela n'a rien d'un scoop, ne peut laisser présager ce qui se trame derrière la porte aux poignées soigneusement astiquées. A la vison de ce cerveau en ébullition (on retrouve cette flopée de petits personnages surréalistes, représentant l'entremêlement et la confusion des pensées de l'artiste, et ce de façon très égocentrée), au coeur duquel une route pour automobiles vient s'infiltrer (jolie métaphore), enfin nous découvrons un artiste enclin à brouiller les pistes. Après avoir rencontrer une série de monstres naïfs en rang d'oignons au 1er étage, nous sommes invités à imaginer, et pour certains partager, ces réflexions obsessionnelles qui l'habitent, tant que ces dernières clairement l'animent. Les pistes sont brouillées parce que finalement on ne sait plus qui est Jegard. Le questionnement nous assaille. Si nous savons vers où il se dirige, nous ne savons guère qui il est. Une certitude en revanche: Jegard, s'il est un monstre, en est un gentil. La voiture placée sur la voie de l'introspection (celle de la sagesse?) démontre qu'il s'attaque à empoigner les commandes de sa vie, ce qu'il fait déjà d'ailleurs. Jegard avance. Sa vie, nous pouvons aisément l'imaginer tumultueuse. Trépidante aussi. Et bien sûr, nous parlons de l'activité vivante de la cour pavée intérieure...celle de derrière la blanche façade. " Where is my mind " chez Siegfried Jegard, c'est se demander: qui suis-je. Mais pas où vais-je. Ca il le sait.