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Marina Abromovic : Balkan erotic epic

genre: divers


artiste
Marina Abromovic


critique
++__ Au pays où érotisme rimait avec fertilité

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[critique]

++__ Au pays où érotisme rimait avec fertilité

par Clémence de Cambourg le 10-02-07

Il était une fois dans les Balkans, la pluie faisait rage dans les champs, les paysannes alors sortaient de chez elles et s'en allaient dépoitraillées, soulever leurs jupons froufroutés. Le dessein ? Épouvanter les dieux, chasser les mauvais esprits et dissuader ainsi l'eau tombée du ciel à s'attaquer violemment à la terre...à leurs terres. Quelle étrange scène à imaginer. Pourtant, voici l'un des grands rites de la région où naissait en 1946 la fascinante Marina Abramovic, figure de prou du Body Art, ce mouvement né dans les années 70 où l'artiste se met lui-même en scène (souvent de façon brutale), narguant ainsi la limite des moyens d'expressions artistiques à déployer, comme les frontières physiques et psychologiques attachées au corps humain.

Avec Marina Abromovic, artiste mondialement reconnue, on est donc habitué à des happenings extrêmes dont elle maîtrise le cadre. En 1974 par exemple, dans une oeuvre intitulée " Rythm 5 ", elle s'était enroulée un python autour de la tête et s'était couchée dans une étoile en flammes posée à terre... Aujourd'hui, si dans ses récents travaux présentés à la Galerie Cent 8 dans Le Marais, Abramovic continue à nous parler du corps, c'est par l'intermédiaire d'installations vidéos. Et elle s'attaque à un sujet tout à fait particulier : ici, l'artiste interroge les étranges traditions de son pays d'origine. Après une adolescence difficile consommée à Belgrade, l'artiste a quitté sa terre natale pour Amsterdam, se libérant ainsi d'un encadrement culturel répressif propre à la Yougoslavie de Tito. Par ces récentes installations vidéos, Marina Abramovic rebrousse chemin...et revient aux sources de sa vie on ne peut plus expérimentale.

On découvre une série de vidéos et photographies regroupées sous le thème " Balkan erotic epic ", mettant en scène ces paysannes serbes d'antan pour qui leur enveloppe corporelle (et plus précisément leurs poitrines et organes génitaux) représentait une force susceptible de contrer la puissance des dieux. En effet, lors de ses recherches sur le folklore serbe, Marina Abramovic a découvert de nombreuses traditions dans lesquelles l'érotisme tient une place prépondérante dans la fertilité de la terre et les activités liées à l'agriculture. À l'entrée de la galerie de Serge le Borgne, on peut visionner un film dans lequel l'artiste explique aux curieux l'histoire de ces rituels, tous plus bizarroïdes et improbables les uns que les autres : se masturber au-dessus de la terre pour s'assurer d'une récolte fructueuse ou bien attacher une larve sur le pénis d'un enfant pour mieux chasser les parasites...

Fidèle, Marina Abramovic sidère tout autant qu'elle fascine. Au beau milieu d'actrices en costumes folkloriques traditionnels, l'artiste est là (seul hic : pas en chair et en os, pour ceux qui auraient eu la chance de l'observer en live lors d'une performance), elle rejoue les traditions de son pays d'origine face à la caméra. Elle nous détermine à nous interroger sur ces rites païens serbes à la fois curieux et étonnants que l'Eglise a su chasser. Nous les découvrons bouche bée au coeur de notre environnement contemporain. Dans ces films, Abramovic participe à ce face à face avec les dieux, se veut plus forte qu'eux sinon égale. Depuis 30 ans, elle a su repousser les limites de son corps comme celles de l'art. Aujourd'hui, c'est avec l'immuable...et toujours avec son instrument d'exaltation : sa propre chair.