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[archive exposition]
Eija-Liisa Ahtila: une rétrospective

genre: divers


artiste
image disponible Eija-Liisa Ahtila

  • du 22-01-08 au 30-03-08
    1 place de la Concorde, 75001 Paris

    infos: Mardi (nocturne) : 12h à 21h Mercredi à vendredi : 12h à 19h Samedi et dimanche : 10h à 19h Fermeture le lundi


critique
++__ Chienne de vie

"Where is where" (installation vidéo 2008) "Where is where" (installation vidéo 2008) "Consolation service" (1999, installation video) "Consolation service" (1999, installation video) "Consolation service" (1999, installation video) "Consolation service" (1999, installation video) "Dog bites" (1992-1997 , serie de 8 photographies) "Dog bites" (1992-1997 , serie de 8 photographies)

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[critique]

++__ Chienne de vie

par Clémence de Cambourg le 23-01-08

" Drames humains ". Voilà comment l'artiste finlandaise Eija-Liisa Ahtila définit ses oeuvres. Comment mieux trancher sur son entreprise? Ses vidéos, comme ses photographies, retracent comment les (més)-aventures de notre vie parfois se révèlent graves, bouleversantes, tragiques. L'art de cette figure centrale d'une génération ayant fait fusionner cinéma et vidéo aborde des thèmes auxquels les artistes d'aujourd'hui s'attaquent sans complexes : la souffrance, le sexe, la séparation, la mort. Mais plus qu'une exposition présentant les récents travaux de l'artiste, le Jeu de Paume consacre à la vidéaste et photographe finlandaise une rétrospective. Et c'est une chance. Non que l'oeuvre d' Eija-Liisa Ahtila soit franchement complexe - ce qui justifierait la tentation d'une vison globale- mais son travail ne dégouline pas de légèreté... Quasi surprenants aujourd'hui sont les artistes ne traitant pas de sujets patibulaires. Pourtant, beaucoup s'appliquent à les couronner d'ironie. Mais Ahtila n'appartient pas à la ronde caustique. Une vision d'ensemble de son oeuvre est donc une aubaine : on comprend d'emblée que l'artiste n'est pas sur scène pour dépeindre ses " drames humains " avec humour.

Eija-Liisa Ahtila décortique les situations tragiques pour les humains, depuis les crimes - en l'occurrence de guerre- jusqu'à la douloureuse séparation amoureuse. Elle les illustre en combinant réalisme, fiction et documentaire social. Son installation de six écrans HD " where is where " (2008) s'attaque à un événement qui " réellement " se passa quelques années avant les Accords d'Evian de 1962: deux jeunes Algériens avaient tué au couteau l'un de leur camarade français du même âge. Installé dans la salle, au coeur des écrans géants, nous assistons à l'interrogatoire des jeunes criminels qui oscillent entre naïveté (vous verrez la réponse à : " que signifie la mort pour vous ?) et réalisme décoiffant (" avons-nous mis en prison les Français qui ont rasé des villages algériens? " décoche l'un des deux jeunes). Six écrans, six points de vue donc...et une multitude de questions soulevées autour de l'adolescence, de la guerre, du colonialisme, du sang, des larmes. Bien entendu la référence au conflit Israélo-Palestinien, qui toujours aujourd'hui détruit la jeunesse des deux camps, est inévitable. Par ce film, Athila ne noircit guère le tableau . Il est noir charbon. Penser à un enfant qui fait la guerre, et pas avec des GI.Joe dans un bac à sable, ça donne envie d'hurler.

Un autre film saisissant d'Ahtila s'intitule " Consolation service " (film 35 mm -1999). Deux écrans cette fois-ci, l'un jouxté à l'autre. Un femme. Un homme. Un bambin. Prémices d'un divorce trash devant une conseillère sociale finlandaise. " Exprimez ce que vous ressentez vis-à-vis de l'autre, mais n'utilisez pas de mots, seuls les sons sont admis ", lance subitement la conseillère peu réconfortante au couple ensanglanté. Le terme " aboyer " que l'on utilise pour illustrer la vive réaction d'un être humain agressif prend ici tout son sens. Grrrr....Rrrrrrrrr...Grrrrrr. Ça hérisse les poils. Par ce diptyque, Ahtila endosse la casquette d'une réalisatrice de documentaire social et celle de film fantastique. Ce dualisme se retrouve dans la technique audiovisuelle de narration : l'écran de droite, oeil témoin, raconte le couple souillé. Le second illustre tour à tour l'émotion (un oeil papillonnant de rage) et l'infime détail du décor (une téléphone, un cadre photo, une couverture). Notre regard est comme happé par ce deuxième écran qui pris tout seul ne raconterait rien. Nos yeux passent et jouent d'une toile à l'autre sans cligner tellement l'image est absorbante. L'on en sort les yeux engourdis et globalement on est abattus. Décidément, " vie de chien " et " aboiement " prennent chez Athila une dimension intéressante.

Le chien, justement. À l'étage du Jeu de Paume, l'artiste -installée à Helsinki comme bon nombre d'artistes contemporains- fait référence à l'animal dans une série de huit tirages couleur (" Dog bites " 1992-1997) dans lesquels une femme nue mime les comportements d'un cabot inélégant. Si, globalement, l'oeuvre d'Athila n'est pas désopilante, ces photographies sont l'exception confirmant la règle. Pas franchement distinguées, ces positions sur le lit. Pas certain que le toutou plaise à celles qui impétueusement blâment le machisme. Mais décelons derrière Eija-Liisa Ahtila un certain féminisme inavoué que seules ses réalisations sauraient confesser. Après avoir visionné ses différents films, l'humour grinçant de ces photographies détend. Rassure, aussi.

[bio]
artiste: Eija-Liisa Ahtila
Eija-Lilisa Ahtila

Artiste finlandaise née à Hämeenlinna, elle vit à Helsinki.

Peintre de formation, depuis les années 1990 elle s'impose comme l'une des figures centrales de l'art multimédia.