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[archive exposition]
JACKSON POLLOCK et le chamanisme

genre: moderne


artiste
image disponible Jackson Pollock

  • du 15-10-08 au 15-02-09
    28 place de la Madeleine, 75008 Paris
    tel: 01 42 68 02 01
    site: www.pinacotheque.com

    infos: Tous les jours de 10h30 à 18h. Nocturne tous les premiers mercredis du mois jusqu'à 21h.

    prix: de 7 € à 9 €

critique
+++_ Sur les traces d'un grand esprit

L'un des fameux drippings dont la notoriété fait souvent oublier qu'ils ne représentent que la toute fin d'une immense carrière. L'un des fameux drippings dont la notoriété fait souvent oublier qu'ils ne représentent que la toute fin d'une immense carrière. "Man, bull, bird" c 1938-41 Huile sur toile 60,9 x 91,4 cm.Collection privée "Man, bull, bird" c 1938-41 Huile sur toile 60,9 x 91,4 cm.Collection privée Composition with oval forms c 1934-38 Huile sur toile. Collection José Mestre (c) ADAGP Paris 2008 Composition with oval forms c 1934-38 Huile sur toile. Collection José Mestre (c) ADAGP Paris 2008 Figure Knealing before Arch with Skulls c 1934-1938 Huile sur toile 68,58 x 53,66 cm Collection privée Figure Knealing before Arch with Skulls c 1934-1938 Huile sur toile 68,58 x 53,66 cm Collection privée Birth circa 1941- ou l'expression totemique et toubillonnaire du processus de transformation à l'oeuvre dans le chamanisme Birth circa 1941- ou l'expression totemique et toubillonnaire du processus de transformation à l'oeuvre dans le chamanisme

Forum
[20-12-08 par rotko]: «pollock»
bonjour, j'ai vu cette exposition, et j'ai trouvé convaincants les commentaires et...
[critique]

+++_ Sur les traces d'un grand esprit

par Anne Eyrolle le 21-10-08

Pollock

Qu'est-ce que du Pollock? Des toiles barbouillées d'encres jetées par un homme hypersensible rendu fou par l'alcool ? C'est souvent, en effet, la vision qu'on en a : celle de ses fameux "drippings", qui lui ont valu le surnom de Jack the Dripper -en référence à Jack the Ripper/l'éventreur, sinon que Jackson, lui, s'était sa propre chair qui se déchirait presque dans l'acte violent de peindre. Ce n'est pourtant là qu'un visage infime de son oeuvre. Le visage qu'il a donné à voir dans les dix dernières années de sa vie et qui n'est que l'aboutissement du long cheminement d'un artiste chercheur de sens.

C'est la grande richesse de cette exposition proposée par le directeur de la Pinacothèque de Paris, Marc Restellini : présenter Jackson Pollock dans la perspective d'une créativité dense et mouvementée, le sortir de ses "drippings" dont sa mémoire avait fini par devenir prisonnière, en retraçant le parcours de sa recherche artistique, sous influence chamanique. Parmi la quarantaine d'oeuvres de Pollock, il n'y a d'ailleurs que deux ou trois drippings exposés. Ce qui importe, c'est tout le travail qui précède et dans lequel viendront finalement et logiquement, s'inscrire ces toiles énergiques -symboliques, dirait Stephen Polcari, historien d'art et professeur à la Chapman University en Californie, qui a accompagné Restellini dans la sélection des oeuvres.

Pollock considérait son art de peindre comme la voie de l'inconscient en même temps qu'un chemin de guérison. Pour lui, mais pas seulement : on aurait tort de réduire son oeuvre à un travail autobiographique, Pollock se savait malade, alcoolique mais il était également conscient du malaise de l'homme en général, tel que son époque le fabriquait : cet homme " des masses ", déraciné, isolé, urbanisé, bureaucratisé, sans plus aucune tradition ni lien à son environnement originel. C'est pour mieux se comprendre et s'aider mais aussi mieux comprendre et aider cet homme en général que Pollock a décidé d'entreprendre une psychanalyse jungienne et d'envisager autrement la création artistique. C'est pour se transformer et, peut-être, pour inviter celui qui l'observera à entamer à son tour un travail de transformation de soi qu'il a développé ce qu'on appellera plus tard l'expressionnisme abstrait.

A travers la psychanalyse jungienne, véritable moteur créatif pour lui, mais aussi, parallèlement, la découverte de la culture des chamanes (et la pratique du rêve éveillé, de la transe, etc), l'artiste se lance dans une reconquête de son lien à la nature, et dans un redéploiement de ses forces vitales, et de sa part féminine, son " anima " en termes jungiens. Plus créatif, plus instinctif, plus équilibré, l'homme -dont l'artiste lui-même- devrait en finir avec l'homme de masse voué au morbide.

Mises en perspective d'oeuvres d'André Masson, dont le surréalisme a beaucoup marqué les débuts de Pollock, et de créations, masques ou totems chamaniques, les toiles aux couleurs vives et aux courbes troubles du peintre américain prennent une autre envergure : elles deviennent les marches sublimes d'un long parcours artistique, jonché d'expériences intérieures. Et les quelques drippings exposés en fin d'exposition de se laisser redécouvrir, enfin, dans toute leur densité, non plus comme des coups de folie mais comme des élans de vie aux ressorts inconscients.

[bio]
artiste: Jackson Pollock
Jackson Pollock

Artiste peintre né en 1912 à Cody aux États-Unis.

Elevé par une mère très autoritaire et un père souvent absent, il a grandi dans plus de cinq villes différentes, déménageant sans cesse de la Californie à l'Arizona.

En 1923, il découvre l'art primitif des Indiens d'Amérique, premier choc artistique qui marquera toute sa carrière.

A 15 ans, il montre des premiers signes d'alcoolisme. Elève difficile, enfant hypersensible, il commence à peindre pour décharger ses émotions.

En septembre 1928, il s'inscrit à l'école des arts appliqués mais il en est renvoyé pour avoir critiqué l'...

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