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[archive exposition]
L'art de LEE MILLER

genre: photographie


artiste
Lee Miller
commissaire
Mark Howarth-Booth


critique
++__ Le mystère Lee

Lee Miller Lee Miller Femmes aux masques anti-incendies - Downshire Hill, 1941 Femmes aux masques anti-incendies - Downshire Hill, 1941 La main qui explose La main qui explose Garde SS mort flottant dans le canal- 30 avril 1945 Garde SS mort flottant dans le canal- 30 avril 1945 Le dos de Lee inspirateur de Ray Le dos de Lee inspirateur de Ray Lee Miller "solarisée" Lee Miller "solarisée" Lee Miller dans la baignoire d'Hitler Lee Miller dans la baignoire d'Hitler

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[critique]

++__ Le mystère Lee

par Anne Eyrolle le 21-10-08

Ici, le corps d'un garde SS en uniforme, flottant à peine visible, sous les eaux troubles. Là, une blondeur longiligne et raide posant sublime en pantalon large. Quel lien y a t-il entre ce témoignage historique, cette Ophélia d'un autre temps et d'un autre genre, et cette photo de mode, beauté sculpturale des années 30? Le lien c'est une vie envisagée comme un incessant glissement, l'air de rien : glissement d'un métier de mannequin à un statut de muse puis une carrière de photographe d'art et bientôt de grand reporter, témoin de la deuxième guerre mondiale et de la chute du IIIè Reich.

Lee Miller semble avoir fait glisser sa silhouette superbe et son regard glacé avec la même légèreté silencieuse -ou élégante gravité- sur l'Histoire, celle dans laquelle elle s'insinue courageuse, opportuniste et inconsciente, et sur les histoires d'amour qu'elle a multipliées. De Paris, où elle inspire les surréalistes, offrant à Man Ray son dos aux courbures exquises, au désert égyptien où elle fait des clichés de grande qualité, pour passer le temps devenu trop long auprès de son nouveau mari milliardaire, en passant par New York où son atelier de photo dans lequel elle poursuit la pratique de la solarisation* créée avec Man Ray, attire la presse et les mondains ; du plateau de cinéma où Cocteau l'immortalise en bouche dans "Le sang d'un poète", jusqu'à la baignoire d'Hitler dans laquelle elle se lave après la chute du Führer, sans poser, sans même sembler mesurer l'impact de ce cliché pris par son nouvel amant reporter comme elle. Nonchalante, inconsciente, distante, insondable : malgré les centaines de photos prises de et/ou avec elle, Lee Miller entretient le silence sur sa vie immodérée, dont les événements, rares et denses donnent l'impression de passer sur elle sans accroc ni émotion.

Est-ce l'effet du viol qu'elle a subi enfant par un proche de la famille? Ou le poids de sa relation soupçonnée incestueuse avec ce père devant lequel elle pose nue à 15 ans? Est-ce d'avoir vécu dans le monde onirique des surréalistes pendant des années ou dans celui, superficiel, de la mode, qui rend son image nébuleuse? Difficile de savoir ce qui a produit ou attiré l'énigmatique regard de cette poupée de cire.

A travers des centaines de photos exposées de et avec Lee Miller, l'expo proposée par le conservateur du Victoria and Albert Museum parvient à nourrir le mythe de la femme aux cent vies, d'en rappeler le talent et la beauté mais sans rien révéler du mystère.

*technique photographique ayant un effet d'inversion des noir et blanc, à la façon d'un négatif.