genre: divers
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Frivolité et anxiété
par Clémence de Cambourg le 19-02-07
La rétrospective des oeuvres de Jules Pascin (1885-1930), grand maître de la peinture moderne, présentée au Musée Maillol jusqu'au mois de juin, d'abord nous donne le vague à l'âme. Non parce que la production artistique contemporaine, comme l'assurent certains intellectuels réacs, soit " objectivement de la merde ", mais plutôt parce que Paris n'est plus. Enfin...soyons clairs, Paris sera toujours Paris... Mais jamais plus cette folie des années 20. Pour cette exposition consacrée à Jules Pascin, artiste très influent du début du XX ème siècle, le Musée de la rue de Grenelle présente quelque 150 dessins et peintures. Les productions sélectionnées racontent les voyages colorés de Pascin (notamment à La Havane), sa passion pour le dessin satirique (il faut dire qu'il était très doué, et Sempé, bien qu'extrêmement habile, a beaucoup à lui envier) mais aussi (et surtout !) ses virées nocturnes aux côtés du tout Paris dévergondé.
Gràce à l'oeuvre de Jules Pascin, généreuse et éclectique, nous voyageons à une époque où Paris swingue au rythme des pinceaux d'artistes venus s'installer sur la butte Montmartroise ou rive gauche dans le quartier de Montparnasse. En 1905, après une période passée à Berlin où il vivait de dessins satiriques publiés dans la revue Simpliccimus, Pascin s'établit à Paris. Toulouse-Lautrec, le génialissime nabot barbu, est mort depuis peu. Si " l'âme Montmartroise " a disparu, c'est dans une exacte continuité que Pascin dépeint les scènes de vie nocturnes des cabarets et des maisons closes où l'extravagance demeure le seul laisser-passer valable. Si l'artiste est fasciné par le corps de la femme qu'il dissèque avec grande liberté, le corps humain en général nourrit son inspiration. Ses modèles deviennent des êtres hermaphrodites lui donnant l'occasion, sur la toile ou le carton, de questionner les thèmes liés à l'identité sexuelle. " J'ai toujours rêvé d'être une femme mais avec un sexe d'homme " avait-il affirmé un jour.
C'est par ses dessins, plus que ses peintures, que Pascin dévoile le caractère extrêmement tourmenté de son personnage. À l'image d'Egon Schiele et du fascinant Otto Dix - maîtres de l'expressionnisme viennois, Pascin réalisait des nus dont le trait allusif ne dissimule ni l'angoisse ni l'inquiétude qui le rongent. Derrière ce pilier des cabarets parisiens séduit par la fantaisie érotique et la légèreté ambiante de la rue Lepic, se cachait un être anxieux à en crever. " Je ne veux pas mourir dans mon lit, je veux une mort rigolote ! ". Etait-ce désopilant que de se pendre dans son atelier parisien en 1930? Même armé d'ironie, la réponse est à la négative. Pourquoi les grands hommes veulent-ils ainsi maîtriser leur dernier souffle ? A méditer, dans les jolies salles boisées du Musée Maillol. Clémence de Cambourg