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[archive livre]
Au secours pardon

genre: divers


auteur
image disponible Frédéric Beigbeder
éditeur
Grasset

  • Paru le 07-06-07

    infos: 318 pages. 19,90€.


critique
+___ On lui pardonne
extrait
+___ Extrait

couverture couverture

Forum
[22-07-07 par rotko]: «begbeider»
Le sens de la formule suffit-il à faire un écrivain ? à vous lire, on le croirait. ...
[22-07-07 par Anne Eyrolle]: «oui, mais»
Bonjour et merci pour votre message. Remerciement d'autant plus sincère que votre commentair...
[24-07-07 par rotko]: «begbeider et sa pub»
La dernière page du monde du dimanche 22-lundi 23 juillet est entièrement occupée par...
[critique]

+___ On lui pardonne

par Anne Eyrolle le 26-06-07

Chronique d'un retour très annoncé : celui d'Octave Parango, le héros de 99 Francs, terrible -et crédible- premier succès littéraire de Frédéric Beigbeder. Quelques mois avant son apparition sur grand écran dans la peau de Jean Dujardin (adaptation de Jan Kounen en salle le 26 septembre prochain et dont on vous reparlera ici en temps et en heure), revoici donc notre publicitaire sans foi ni loi reconverti aux joies du "fashisme", comme il l'écrit si bien. Devenu talent scout (autrement dit chasseur de tête de tops models), notre héros toujours aussi paumé quoique quarantenaire parcourt la Russie et ses -très- jeunes beautés longilignes. Un voyage qu'il espérait faire rimer avec plaisir et efficacité, mais qui, à cause d'une plus belle que toutes, vire à l'histoire d'amour douloureuse... Jusqu'à la folie et la mort.

Soyons clairs -et sincères : oui, Frédéric Beigbeder est un écrivain. Et ce ne sont pas ces prestations de pseudo-libertain des médias qui doivent nous convaincre du contraire. Beigbeder est un écrivain, il y a des signes qui ne trompent pas. Lesquels? Disons, pour faire vite, un sens aigu de la formule. Ce talent qui, au cours d'une lecture calme et tranquille, vous fait soudain bondir : "mais oui, c'est ça, c'est tout à fait ça, bien sûr!" et vous pousse inéluctablement à souligner trois fois la phrase en question, voire, pour les plus excités du bon mot, à la noter dans le carnet Super Conquérant acheté en 6ème. Beigbeder est un virtuose quand il s'agit de condenser un état d'esprit en une phrase. Surtout si cet état trouve ses racines dans la société contemporaine. Doté d'un flair sociétal des plus fins, si Beigbeder comprend une époque et sait la décrire de l'intérieur c'est bien la nôtre. N'est-ce pas le propre d'un véritable romancier que de se faire le témoin de son époque sous couvert de fiction?

Beigbeder est un écrivain, un romancier, donc. Un brin moraliste, voire. Mais pour être un Grand écrivain, un romancier Mémorable, il manque encore quelque chose. Un détail? Disons plutôt l'essentiel : un univers. Son univers. Un manque sans doute discutable à la lecture de ses premiers romans, mais qui s'impose avec "Au secours pardon" : entre Nabokov et Houellebecq, la plume et l'esprit de Beigbeder ici balancent. Entre un pionnier et un génie, difficile de trouver sa place.

Mais si ce n'était que ça, après tout? On en a vu d'autres, des écrivains best-sellerisés quoique manquant cruellement d'identité. Le problème c'est que le Beigbeder Nouveau présente aussi quelques lourds défauts : dans la construction d'abord, totalement hasardeuse. Monté comme une confession faite à un père orthodoxe, l'ouvrage au présent saute du futur au passé dans un rythme imparfait. Montée, accélération, baisse de régime soudaine et sans raison de fond : un rythme sous cocaïne en quelque sorte. Sans doute est-ce l'effet recherché pour transcrire l'ambiance moscovite, embuée d'excès. Mais ce tempo en montagnes russes enivre moins qu'il lasse à force de perturber la lecture.

Les personnages ne manquent pas de vie. On les voit, on les entend - grâce, toujours, à ce sens de la formule, excellent fabricant d'images. Mais l'histoire dans laquelle ils s'embourbent manque, elle, de crédibilité. Les efforts qu'il faut fournir pour y croire sont tout à fait vains à l'heure du dénouement - moins surprenant qu'improblable au risque du ridicule.

Le Beigbeder Nouveau est arrivé, donc. Avec ceci de commun avec le Beaujolais qu'il ne mérite pas qu'on en attende trop. Certes il est sympathique, goûtu, voire. Une fois en main, il se laisse facilement déguster jusqu'à la lie. Mais de là à dire que c'est un grand cru...

[bio]
auteur: Frédéric Beigbeder
UNDEF

Ecrivain français, né en 1965 à Neuilly sur Seine. Il est également critique littéraire en presse écrite et à la télévision. Diplômé de l'Institut d'Etudes Politiques de Paris, et en marketing, il est d'abord publicitaire chez Young and Rubicam, parallèlement à son activité de romancier. Il est licencié peu avant la parution, en 2000, de son roman "99 Francs" qui raconte le quotidien d'un publicitaire. Depuis, il a publié, chez Grasset : "Windows on the world" (2003), "L'Egoïste romantique"(2005) et "Au secours pardon" (2007).

En 2009, son roman "Un roman français" reçoit le Prix Renau...

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