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[archive livre]
Le clan Rhett Butler

genre: divers


auteur
image disponible Donald Mc Caig
éditeur
Oh Editions

  • Paru le 02-11-07

critique
+___ Pour quelques dollars de plus...

Le clan Rhett Butler Le clan Rhett Butler

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[critique]

+___ Pour quelques dollars de plus...

par Marie-Pierre Créon le 19-12-07

Il est des chef-oeuvres qu'il ne faut pas retoucher. "Autant en emporte le vent", roman-fleuve de 1037 pages écrit par Margaret Mitchell en fait partie. Publié en 1936, il propulsa son auteur dans la célébrité au point de paralyser sa créativité littéraire pour le restant de sa vie. Scarlett O'Hara avait sapé toute l'énergie de ce petit bout de femme d'un mètre quarante-cinq.

Hollywood ne tarda pas à s'emparer du livre devenu la nouvelle Bible des chevets américains et le génial producteur David O Selznick transposa à l'écran ces héros en crinolines et panama blanc, divinement incarné par Vivien Leigh et Clark Gable, égéries des derniers nababs. La légende était désormais complète, le livre et le film étaient liés comme Galatée et Pygmalion.

L'intrigue était close, l'insolent Rhett Butler quittait Scarlett O'Hara par le célèbre et condescendant : " My Dear, I don't Give a damn ! " et l'héroïne à la tête dure attisait le lecteur par une réplique finale laissant envisager toutes les possibilités quand à ses chances de reconquérir Rhett : " Demain est un autre jour ! ". Au pays des romans, il est bon de s'imaginer ce que peuvent advenir les héros. L'idée principale de l'auteur était ingénieuse. Dût-elle fuir ses lecteurs la poursuivant jusque chez elle pour lui supplier " Dites-nous si Scarlett et Rhett se remettent ensemble ! ". Et mourir brutalement en 1949, renversée par un camion dans les rues d'Atlanta.

Surgissent 30 ans plus tard les Frères Mitchell, neveux chanceux ayant hérité de leur tante Margaret, bien décidés à rentabiliser leur miraculeux pactole. Et voici qu'arrive dans nos librairies Le clan Rhett Butler, écrit par Donald McCaig, vieux routier de la littérature sudiste à la moustache immaculée, qui a accepté le pari fou d'écrire la suite. Choisit par le duo Mitchell après des années de recherche, il publie donc " La suite officielle d'Autant en emporte le vent ", labellisée en dos de couverture par " l'approbation enthousiaste des héritiers de Margaret Mitchell ", tel un authentique produit du terroir.

Pourtant, les Mitchell ont la mémoire qui flanche. Une première suite a paru en 1993, "Scarlett", écrite par Alexandra Ripley, elle-même choisie par les deux frères. Autre auteure spécialiste du Sud des Etats-Unis, elle avait signé un honnête pavé de 830 pages, édité chez Belfond et qui s'est vendu comme des petits pains. Une adaptation télévisée vint même couronner cette première aventure qui rapporta des millions de dollars à chaque parti. Naturellement, après des années de vagabondage, Scarlett O'Hara retrouvait Rhett, l'Amérique pouvait à présent pousser un " ouf " de soulagement.

Mais pourquoi tuer la poule aux oeufs d'or tant qu'il y a encore des grains ? Rhett et Scarlett à peine remis de leurs émotions, les Frères Mitchell décidèrent de publier à nouveau une suite, prenant soin d'imposer un cahier des charges contraignant.

A priori, l'idée de départ était aussi séduisante que risquée : inventer un passé à Rhett Butler, être le témoin omniscient de sa rencontre avec Scarlett, étoffer les personnages secondaires du roman, puis courir un marathon de 93 dernières pages pour réconcilier ou non le couple mythique. De quoi réjouir le public par cette relecture et de rencontrer à nouveau Miss O'Hara et ses " Taratata ! " lancés à tout trac.

Le résultat de cette entreprise trop vénale pour être honnête, est une déception immense. Et les prix littéraires attribués outre-Atlantique à l'auteur pour ce sursaut d'audace semblent trahir un marketing destiné à rassurer les indécis. A l'inverse d'Alexandra Ripley qui avait su s'imprégner du style de Margaret Mitchell en recopiant religieusement des centaines de pages de l'oeuvre avant de se lancer, Donald McCaig reste sourd à la source de son roman. Mais, quand il plante ses santiags dans l'univers de Margaret Mitchell, son écriture a la subtilité d'un red-neck crachant sa chique.

Essentiellement consacrée à la jeunesse de Rhett Butler puis à son passé de profiteur de guerre, la première partie ne remplit pas son contrat de façon convaincante. Même si l'écrivain arrive à capter l'ardeur insolente du fameux renégat, le roman souffre d'une intrigue souvent cousue de fil blanc et de rebondissements artificiels à faire bailler d'ennui le fringuant forceur de blocus. Si les nouveaux personnages viennent troubler ceux originellement créés, tous sont pourvus d'une psychologie aussi simpliste que risible. Notamment pour Rosemary Butler, soeur de Rhett, devenant le double atténué de Scarlett O'Hara. Impossible pour le lecteur de ne pas esquisser un sourire narquois à cette pirouette à la manière des romans sentimentaux convenus.

Bien que le lecteur reprenne espoir en milieu de parcours grâce à une dynamique dans l'écriture laissant à penser que le cow-boy McCaig a laissé Miss Mitchell hanter sa plume, avec des efforts louables pour brosser les destins et les caractères de Mélanie, Ashley Wilkes ou de Belle Watling, la prostituée au grand coeur, on regrette un manque singulier de souffle historique qui entourait jadis les personnages prisonniers de leur destinée. Parfois, Le Clan Rhett Butler arrive à surprendre avec quelques trop rares passages où l'on retrouve les fameuses joutes verbales qui faisaient le sel des rapports entre Rhett et Scarlett.

Cependant, l'ensemble laisse un goût d'inachevé au lecteur, tant McCaig est pressé d'en finir. Comment résoudre dans les 90 dernières pages, une histoire aussi dense s'étalant sur douze années et qui en demanda tout autant à Margaret Mitchell pour la rédiger ? Nullement désarçonné par l'ampleur de la tâche, l'auteur emballe le tout en deux temps trois mouvements. La trame est tellement grossière que le lecteur n'est pas dupe quant à l'issue finale. Et ce exécutée avec tant de hâte, Monsieur McCaig était peut-être trop absorbé à élever les moutons de son ranch en Virginie ?- que cela demeure hautement improbable. Le roman aurait également pu se passer d'une histoire de complot abracadabrantesque contre les deux héros, au risque de lui donner des airs de mauvais polar.

Malgré toute la bonne volonté du monde, le lecteur ne peut s'empêcher de penser à un soap plutôt horrifique. Les studios de Los Angeles n'ayant pas caché leur désir de racheter au plus vite les droits de cette nouvelle mouture, Donald McCaig donne l'impression d'avoir d'avantage investit son écriture au service d'une adaptation télévisée clef en main que dans un pur exercice de littérature. Et de perdre ainsi considérablement en intensité dramatique.

Ce qui a fait la beauté d'Autant en emporte le vent, c'est la nostalgie qui s'en dégage. L'histoire de Scarlett s'achève dans le regret et l'amertume avec la mélancolie pour Violon d'Ingres. Rhett est parti, il ne lui reste plus que Tara, le berceau familial immaculé de coton et de magnolias, là où le roman commençait et s'achève. Sa forme cyclique avait une logique. C'était le choix de Margaret Mitchell même si, de guerre lasse, elle écrivit un jour à un de ses intimes, " Bien sûr, je pense que Rhett et Scarlett finiront par se réconcilier. ".

Mais pour quelques dollars de plus, parions que, dans dix ans, les Frères Mitchell sacrifieront à nouveau l'impétueuse O'Hara et l'arrogant Rhett Butler... Au risque d'en faire des héros vieillissants... pour quelques dollars de plus...

[bio]
auteur: Donald Mc Caig
Donald McCaig

Auteur américain né en 1940 dans le Montana.

Parmi ses très nombreux romans, ce spécialiste de la guerre de Sécession a écrit : " The Virginia Quarterly", roman qui a remporté le Michael Sharra Award, (un prix qui couronne la fiction sur la guerre de Sécession), ainsi que le "Award for Fiction, from the Library of Virginia (le Prix de la Fiction de la Bibliothèque de Virginie). Sa connaissance du Sud des Etats-Unis lui a valu d'^petre choisi par les Frères Mitchell pour être l’auteur de la suite d’"Autant en emporte le vent".