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[archive livre]
L'incroyable histoire de Mademoiselle Paradis

genre: roman


auteur
image disponible Michèle Halberstadt
éditeur
Albin Michel

  • le 03-01-08

    infos: Genre : roman. 171 pages, 15¤.

    prix: à partir de 15 €

critique
+___ Rhapsodie dans l'ombre

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[critique]

+___ Rhapsodie dans l'ombre

par Marie-Pierre Créon le 14-02-08

Non, ce livre n'est pas une biographie sur la compagne de Johnny Depp, mais l'histoire d'une jeune pianiste de talent, Mademoiselle Von Paradis, fille du conseiller de Marie-Thérèse d'Autriche. Mademoiselle Von Paradis a tout : beauté, grâce, jeunesse... mais est atteinte d'une cécité déclarée incurable. Pourtant, ce handicap lui donne un charme fou. Maria-Theresa Von Paradis a le don de capter l'âme humaine et tous ses travers, privilège des aveugles depuis le mythe d'Oedipe. Brimée par des parents trop présents, elle aime s'évader à travers la musique, donne des concerts appréciés par la haute société viennoise et s'isole avec allégresse dans son monde ouaté. Jusqu'au jour où on la confie au Professeur Mesmer, bien décidé à lui rendre la vue. Dès lors, la jeune fille va apprendre le goût de la liberté et s'éveiller à l'amour...

Rien de prétentieux dans ce deuxième roman de Michèle Halberstadt, qui, après "Café Viennois", continue dans le registre de l'intime. Partant d'un fait authentique, elle a choisit de romancer le destin de cette amie de Mozart, habitée par le génie de la musique et protégée de l'impératrice.

Quoi de plus authentique et de plus difficile que de raconter l'histoire d'une jeune aveugle ? L'auteur invite le lecteur à entrer dans l'univers de ceux qui sont privés de la vue, sens a priori indispensable pour saisir, interpréter et participer au monde qui nous entoure. D'une écriture claire dépourvue d'artifice, Michèle Halberstadt arrive à se mettre dans la peau de son personnage et donner un point de vue narratif centré sur les facultés auditives, olfactives et tactiles de l'héroïne. Une écriture efficace, en somme, mais que l'on aurait aimée plus étoffée pour s'attacher d'avantage à cette Mademoiselle Paradis si fragile. Il manque aussi de la consistance, des détails, notamment sur les relations entre les deux personnages principaux... Mais Michèle Halberstadt a choisi d'aller à l'essentiel -peut-être par déformation professionnelle, l'auteur est scénariste. Ici, pas de circonvolutions psychologiques, nous suivons le destin de Maria-Theresa à distance, avec pudeur. A la manière de ces dames de jadis qui se dissimulaient derrière la dentelle de leurs éventails, ultime refuge des passions déchirées.

Lire Mademoiselle Paradis, c'est plonger dans une histoire romanesque, légère comme un tour d'escarpolette. Une histoire que l'on pourrait vite oublier. Pourtant, ce n'est pas une version XVIIIème du Fabuleux Destin d'Amélie Poulain. En milieu de roman, la belle marquise a tout pour être heureuse : Mesmer lui rend la vue à force de soin, d'amour et de patience. Formidable. C'aurait pu s'arrêter là. Cependant, Michèle Halberstadt n'a pas choisi la fin heureuse en option, mais elle en profite pour torturer sa belle héroïne en papier de soie. Si Mademoiselle Paradis a retrouvé la vue, son existence s'avère bouleversée. Ce sens restitué devient un élément perturbateur : de pianiste virtuose, elle devient godiche. Son savoir musical est handicapé par cet élément nouveau qu'elle n'arrive pas à apprivoiser. Entrée désormais dans la normalité, Mademoiselle Paradis se heurte également au monde et à ses laideurs. Et, plus que tout, perd ce qui la définissait. " Et si la normalité n'était pas toujours la clé du bonheur ? " ose nous souffler Michèle Halberstadt. A travers ce court roman, une petite réflexion s'impose, jusqu'à ce que Mademoiselle Paradis elle-même nous donne sa réponse...

Biographie romancée aux allures de contes, cette oeuvre est à prendre comme un entracte, une petite symphonie douce-amère chantant du bout des lèvres les humeurs de l'âme humaine.

[bio]
auteur: Michèle Halberstadt
Michèle Halberstadt

Journaliste de formation, elle travaille à Radio 7 jusqu'en 1984, avant de devenir rédactrice en chef du magazine "Première". En 1990, elle rejoint Laurent Pétin et ARP, une société de distribution et de production de cinéma qui fait connaître Wong kar-Waï en France, qui produit notamment les films de Jean-Paul Rappeneau, d'Alain Corneau et de François Dupeyron. Deux films produits par eux ont obtenu une Palme d'or ("Adieu ma concubine" et "Rosetta"). Egalement scénariste, (après avoir joué dans King Lear de Godard), elle a co-écrit le scénario des "Blessures assassines" ainsi que celui d...

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