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[archive livre]
Je voudrais tant que tu te souviennes

genre: divers / 248 pages


auteur
image disponible Dominique Mainard
éditeur
Joëlle Loesfeld

  • Paru le 11-01-07

critique
++__ Les amours vives se ramassent à la pelle
extrait
____ EXTRAIT

UNDEF

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[critique]

++__ Les amours vives se ramassent à la pelle

par Anne Eyrolle le 10-02-07

Il n'y a pas que les titres de ses romans qui parlent de poésie. Avec "Je voudrais tant que tu te souviennes", phrase empruntée à Prévert, Dominique Mainard confirme son art de manier la langue avec cette langueur monotone qui fait balancer les chants des poètes entre rêverie et clairvoyance. Les phrases s'allongent, doucement, et les impressions éclosent, fragiles, mais bel et bien présentes. Les personnages naissent, discrètement d'abord, mais bel et bien vivants. Si vivants, si simples qu'ils nous deviennent bientôt intimes. A travers ses héros, Dominique Mainard invente le commun des mortels, celui que trop souvent le roman, quand il ne le laisse pas à d'autres, grandit par orgueil, ou par peur d'ennuyer. Les vies simples de Dominique Mainard n'ennuient pas. Parce qu'elle ose déceler en elles les égarements, les malaises, les espoirs invisibles à l'oeil nu. Et parce qu'elle sait les faire vibrer le plus simplement du monde : en les amenant à se croiser.

"Je voudrais tant que tu te souviennes" est une sorte de vies croisées, donc. Il y a Julide, fille d'immigrés qui sent que ses rêves et sa liberté d'adolescente lui échappent puisqu'on lui impose un mari qu'elle n'aime pas. Puis il y a Albanala, sa tante, qui la comprend et lui promet autre chose. Quoi? En guide de réponse, elle lui confie le destin de Mado, une vieille dame solitaire. Entre la jeune fille et la femme âgée, les liens se nouent, hantés par l'ombre d'Albanala retournée dans son pays natal. Puis arrive un couvreur, étranger lui aussi, on l'appelle "L'Indien". Julide veut voir en lui le double inversé de Mado et son parfait complément. Ils peuvent s'aimer. Mado finit par y croire, elle aussi, si fort qu'il y a là pour Julide de quoi tomber amoureuse d'une histoire d'amour qui se dessine et se fantasme devant elle...

Où finit la réalité, où commence l'imaginaire? D'où viennent les gens, pour aller où? Où s'arrête l'enfance, où naît l'adulte? Depuis ses premiers romans, l'auteur montre un penchant naturel pour le déracinement : déracinement identitaire et déracinement du réel. Toutes les frontières sont fragiles, nous dit-elle, et pas plus qu'on ne peut se limiter à une terre, personne ne peut se contenter de sa seule existence pour exprimer tout son être. Même voire, surtout, le commun des mortels.

Un bijou de poésie simple qui fait clairement de Dominique Mainard l'un des écrivains contemporains les plus attachants.

[bio]
auteur: Dominique Mainard
UNDEF

Dominique Mainard est née à Paris en 1967, où elle vit aujourd'hui, après avoir grandi dans la région lyonnaise et séjourné 5 ans aux Etats-Unis. Traductrice de romans anglophones (John Cheever, James Lee-Burke, Janet Frame...), elle écrit plusieurs recueils de nouvelles avant de publier son premier roman "Le grand Fakir" en 2001. Un an plus tard sort "Leur Histoire", qui, couronné des prix Fnac et Alain Fournier, est adapté au cinéma par Alain Corneau dans "Les Mots bleus" (2005). Après "Le ciel des chevaux" (2005), "Je voudrais tant que tu te souviennes" continue de confirmer son talent....

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