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L'idéologie

genre: roman / 328 pages


auteur
image disponible Stéphane Osmont
éditeur
Grasset

  • le 12-03-08

    infos: Genre : roman. 328 pages, 19,90¤

    prix: à partir de 19.9 €

critique
++__ Manipulation, corruption, médiatisation
extrait
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[critique]

++__ Manipulation, corruption, médiatisation

par Marie-Pierre Créon le 27-03-08

A ceux qui s'adonnent avec délectation au surf dans les méandres du Web pour traquer le scoop médiatique, pour capter avant tout le monde la dernière vidéo star de Youtube, ou pour faire passer sous le manteau la dernière conspiration en date pêchée dans les bas fonds des pages Google ... ce livre devrait faire dresser plus d'un pixel sur la tête...

Fiction sur la manipulation des médias par internet, "L'Idéologie" emporte le lecteur loin dans les égouts de la corruption qui sévit dans les milieux politico-financiers avec toute la panoplie nécessaire : trahisons, came et putes de luxe dissimulées derrière des notables de haute volée imaginés -ou plutôt dénoncés- par l'auteur expérimenté. Vous l'avez compris, Stéphane Osmont est un nom de plume porté par une éminence grise ayant déjà donné un grand coup dans la fourmilière avec les deux premiers tomes de sa tragédie romanesque revisitant celle de Karl Marx : "Le Capital" en 2004 et "Le Manifeste" en 2006. Après ces deux succès, l'auteur frappe une dernière fois en s'attaquant au monde des médias. Un coco parmi les requins de la finance ? Possible... En tout cas, les personnages de Stéphane Osmont sont une fois de plus astiqués au vitriol.

Le narrateur, Evariste Kowalski est un pourri, un perverti, un vrai. Celui de Beigbeder, à côté, c'est du light sans caféine. Même si les deux ont le même régime : publiciste décidé à tout envoyer valser dans le monde de la comm', Evariste est une machine à bâtir ou à démolir l'image d'hommes d'influence le jour, qui tombe son costar impec' et son portable le soir pour s'adonner au triolisme filmé avec son épouse et une call-girl répondant à l'appellation de "déesse grecque", mais ayant troqué son Peplos pour un slim vissé au corps.

Evariste a une dent contre la société de notre balbutiant troisième millénaire qui prend racine dans son arbre généalogique. Il est le fruit d'un couple de soixante-huitards qui ont traîné leurs marguerites jusque à Woodstock, où sa mère s'est noyée dans une flaque de boue, ivre de musique psychédélique et d'hallucinogènes, sous les yeux d'un père trop transporté pour s'en apercevoir. Puis, la vie a transformé ces Hippies en tenue d'Adam en Yuppies trois pièces bourrés de billets, et leurs convictions humanistes en délires de jeunesse mis au placard. "Money, money, money, must be funny, in the rich man's word" chantait ABBA ... Evariste étouffe, il n'en peut plus de cette duplicité: acteur d'un système qu'il honnit, hanté par ce père devenu un mormon businessman en santiags, admirateur de Marx et de Hegel, sa vie est une sorte de schizophrénie galopante. Un jour, il décide lui aussi, de tout saborder, y compris lui-même... Son arme ? Les médias, mais pas n'importe lesquels. Internet sera son cheval de Troie, les gogos du Web ses complices, la crédulité collective et le bouche à oreille son armée : désinformation, rumeurs fabriquées sur les hommes politiques qu'il côtoie, complot sur l'assassinat de Kurt Cobain, faits divers sordides amplifiés, tout est bon pour démontrer la duperie d'un système et faire tomber les têtes. Ministre, ponte du CAC 40, journalistes et paternel en goguette dans la capitale vont être ses jouets, qu'il veut à tout prix entrainer dans sa chute...

Si la vengeance est un plat qui se mange froid, Evariste, lui, ne passe même pas par la phase tiède: il plonge tous ceux qu'il croise dans l'azote liquide. Lecteur compris. "L'idéologie" n'est pas un de ces romans que l'on referme en toute sérénité avant de s'endormir. Il aurait plutôt tendance à secouer, jusqu'à la nausée. Visiblement très amusé, l'auteur donne à voir les écoeurants rouages médiatiques montés et démontés par les "spins doctors", ces hommes de l'ombre capables de jouer aux montagnes russes avec les sondages. L'opinion publique ? Un grand pantin à travailler par en dessous, insidieusement, grâce au nouveau média populaire, internet, une machine qui s'emballe facilement, où la technologie abolit les distances, propageant tous les fléaux instantanément l'autre bout du globe, faisant de chacun de nous un propagateur de fausses informations.

Tracé d'une écriture brutale, Evariste appelle un chat un chat et ne se perd pas dans des conjectures métaphoriques. Son histoire est celle d'un pamphlet contre la société de consommation, contre la bêtise qui sévit dans ce siècle où le pipole a été déifié. Une dénonciation de l'image médiatique artificielle et protéiforme à souhait.

Impossible de ne pas capter une véritable jubilation dans la description des VIP, la course narcissique des politiciens en mal de reconnaissance, les travers des financiers sans foi ni loi. Evidemment, notre homme s'y connaît. Au point de parfois nous perdre dans ses circonvolutions machiavéliques. Avec lui, il faut non seulement avoir un estomac aguerri aux turbulences, mais aussi l'oeil et l'esprit en éveil. Il faut dire que Stéphane Osmont a croqué avec un appétit vorace le milieu auquel il a appartenu : un cauchemar en 3D où les préoccupations humaines gravitent autour des millions amassés et d'egos surdimensionnés. Certains y verront probablement un roman à clefs... Sans gêne, il brode son histoire autour de personnalités en vues comme Renzo Rosso, fondateur et dirigeant de la marque Diesel, ou Courtney Love, qu'il embarque très loin dans la fiction...

Sous la noirceur, il y a l'humour. Sombre, également, féroce, même. Stéphane Osmont adore mettre en difficulté son Evariste et les satellites qui l'entourent en brossant une galerie de personnages à deux doigts de la dépression.

Pouvoir de l'image, pouvoir des mots et, par-dessus tout, pouvoir de l'information souterraine à la genèse ignorée, l'Idéologie est une réflexion sur la puissance d'Internet. Stéphane Osmont nous le dit tout haut : nous sommes tous des avaleurs de couleuvres potentiels et nous pouvons aussi devenir de diaboliques semeurs de troubles, d'un seul clic appuyé dans l'ombre de nos écrans...

[bio]
auteur: Stéphane Osmont
Stéphane Osmont

Stéphane Osmont est un pseudonyme. Après des études de philosophie et une riche activité militante, il intègre Sciences Po puis l'ENA. Il entre ensuite au ministère des Finances où, sous Pierre Bérégovoy, il est en charge des affaires européennes. Quelques années plus tard, il rejoint le secteur privé pour devenir conseiller des entreprises.

En 2004, sort le premier tome de sa trilogie revisitant celle de Karl Marx, "Le Capital", dans lequel il s'attaque au monde des affaires. Il obtient un succès à la fois des critiques et dans les librairies. Il poursuit son projet avec, en 2006, la p...

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