Share/Bookmark
[archive livre]
Le pavillon des pivoines

genre: roman / 429 pages


auteur
image disponible Lisa See
éditeur
Flammarion

  • le 30-04-08

    infos: Genre : roman. 429 pages.


critique
+___ Palanquin mortuaire
extrait
____ Extrait

Couverture Couverture

Forum
Soyez le premier à donner votre avis
[critique]

+___ Palanquin mortuaire

par Marie-Pierre Créon le 17-06-08

C'est un roman délicat, tout droit filé entre les doigts de la romancière Lisa See, qui s'était taillée un beau succès avec "Fleur de Neige" en 2006 et "La Mort Scarabée" dix ans plus tôt. Déjà, cette américaine née à Paris et ayant grandi à Chinatown avait choisi de nous transporter en Chine ancienne. Elle réitère avec "Le Pavillon des Pivoines", une histoire ciselée parlant d'amour et de mort, de fantômes, de volutes, plongeant le lecteur dans les traditions chinoises du XVII ème siècle.

Fille d'un haut fonctionnaire de l'Empereur, Pivoine vit dans le cocon d'une éducation stricte où l'on étouffe ses désirs dans la soie, où la liberté est cadenassée par les pieds bandés, où le monde s'arrête au portail de la propriété familiale. Pour fêter ses 16 ans et l'annonce de ses fiançailles, son père lui offre d'assister à la représentation d'un opéra maudit, "Le Pavillon des Pivoines". Enfreignant l'interdit, Pivoine tombe le soir même éperdument amoureuse d'un jeune poète prénommé Ren. Se croyant promise à un autre, elle meurt de consomption le jour de ses noces. Devenue un esprit errant, elle revient hanter Ren, poursuivant leur histoire d'amour avortée à travers une folle passion poétique.

Pour qui n'est pas sensible ou habitué à la culture chinoise, il risque d'être un peu difficile d'entrer dans le roman. Beaucoup de Ming de Ting, de Tong, de lieux aux noms s'étirant comme autant de mignardises alambiquées. Une fois la frontière passée, on marche avec un plaisir irrémédiable dans les pas du fantôme de Pivoine, transporté dans un récit où les vivants et les défunts cohabitent à leur façon, excellent moyen d'en apprendre beaucoup sur le rapport que les asiatiques entretiennent avec la mort. Cependant, Lisa See ne limite pas son histoire à un joli conte fantastique. C'est aussi un prétexte pour parler de liberté, la liberté de la femme chinoise en particulier qui, jusqu'à une époque assez récente, subissait une existence codifiée par le bandage des pieds, le confinement, la soumission absolue. Leur seul moyen d'émancipation, pour les classes aisées du moins, étant la pratique des arts et notamment de la poésie. Les mots qui libèrent, les cercles littéraires qui rassemblent hommes et femmes sur un pied d'égalité. On souffrira peut-être de rester complètement imperméable aux vers chinois, au travail de recherche qu'accomplit l'héroïne sur "Le Pavillon des Pivoines", à ses annotations sur le célèbre opéra, plutôt naïves, préférant se concentrer sur cette histoire de l'au-delà ou sur l'épisode passionnant de l'invasion Mandchoue. Mais, jusqu'au bout on ne lâche pas le livre malgré quelques passages à vide. C'est fin comme une bouchée de raviolis impériaux, subtil comme le goût de la coriandre, sophistiqué comme du canard laqué. Cuisiné d'une belle écriture, "Le Pavillon des Pivoines" sait flatter l'oeil des lecteurs.

[bio]
auteur: Lisa See
Lisa See

Romancière américaine née à Paris, elle a grandi et vit à Los Angeles.

Elle est l'auteur de nombreux romans : "Flower net" (1997), "La Mort Scarabée" (Calmann-Lévy, 1998, nommé aux Edgar Awards, "On Gold Mountain", The One Hundred Year Odyssey of My Chinese-American Family (1995, best-seller aux Etats-Unis et sélectionné par le New York Times), "Fleur de Neige" (prix Relay et best-seller dans le monde entier), "Le Pavillon des Pivoines" (Flammarion, 2008).