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[archive livre]
Val de Grâce

genre: roman / 140 pages


auteur
image disponible Colombe Schneck
éditeur
Stock Editions

  • le 20-08-08

    infos: Genre : récit. 140 pages, 14,50 euros.


critique
+___ Sans la grâce
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[critique]

+___ Sans la grâce

par Anne Eyrolle le 31-08-08

Colombe Schneck le racontait déjà dans son premier récit : quoique marquée par le drame, sa famille, d'origine juive ashkénaze, lui a offert de l'amour, de la tendresse et de l'insouciance comme tout enfant en rêverait. Colombe a été une jeune fille choyée plus que de raison, notamment par un père pour qui l'impossible n'existe pas. Elle voudrait danser avec Fred Astaire? Son père écrit à l'artiste qui accueille la fillette à Los Angeles. Gâtée, Colombe? Aimée, plutôt. Parce que dans ce conte de fées quotidien, le malheur et la douleur n'oublient pas de frapper. "Val de Grâce", du nom de la rue où vivait la famille, est d'abord le récit de la mort de la mère, atteinte d'une tumeur au cerveau. Aussi, quand l'auteur s'excuse par avance en quatrième de couverture : "Est-ce qu'on me pardonnera d'avoir été aimée à ce point?", on comprend vite que la question n'en est pas une et que c'est moins notre pardon que le livre entend stimuler, que notre compassion.

A l'instar de sa famille, Colombe Schneck ne fait jamais dans l'apitoiement. Elle serait plutôt du genre à, sinon enjoliver la réalité, du moins à en extraire l'essence la plus agréable. Elle ne fait pas non plus dans le maniérisme. Colombe Schneck écrit bien, sobrement, avec application. De discrètes touches d'humour égayent même de temps en temps ce tableau délicat.

Le thème est sensible, émouvant et Colombe Schneck ressent, à n'en point douter, le besoin d'écrire sur cette vie qui a défilé devant ses yeux à trente-six ans, après la mort de sa mère. Et c'est ce qui rend la lecture d'autant plus embarrassante, quand ni l'émotion ni la sensibilité ne passent. Quelque chose manque. Quoi? Difficile à dire, c'est toujours la même énigme. Difficile d'expliquer pourquoi un auteur qui pourtant se livre en toute sincérité nous maintient à distance. Ici, c'est comme si l'écrivain restait elle-même éloignée de son histoire, comme si elle se contentait de regarder passer les souvenirs, sans affects ni engagement. Et tandis que son écriture, simple et honnête, donnerait envie de l'apprécier, on s'ennuie. On se lasse de descriptions sans écho et d'anecdotes qui ne nous parlent pas.

Il y a des "je" de récits qui n'intéressent que ceux qui le connaissent personnellement. Puis il y a les autres "je" qui transcendent leur condition individuelle pour dire "on", "nous", "vous", "ils"... Pourquoi le "je" du "Val de Grâce" reste envers et contre tout celui de son auteur, alors que le "je" du livre "Les Années"* échappe à Annie Ernaux pour appartenir à celui qui la lit? Le mystère du talent littéraire est là. Toute proportion gardée, cela n'empêche pas "Val de Grâce" de se lire facilement ni de rendre son auteur attachante. Disons simplement que ce n'est pas un incontournable.

  • : l'occasion est trouvée de citer ce roman que nous n'avions pas commenté à sa sortie : "Les Années", d'Annie Ernaux (Gallimard, fév 2008, 241p. 17euros), fresque personnelle à dimension historique retraçant ces cinquante dernières années est un bijou. S'il n'y avait qu'un livre à retenir en 2008 ce serait celui-là.
[bio]
auteur: Colombe Schneck
Colombe Schneck

Journaliste et écrivain français née à Paris en 1966.

Diplômée de l'Institut d'études politiques de Paris, elle commence comme chroniqueuse télé sur France 5 puis I>Télé. Depuis 2006, elle anime sur France Inter l'émission quotidienne "J'ai mes sources", consacrée aux médias. A partir de la rentrée 2008, elle assure également une chronique quotidienne dans i>Actu.

Elle est l'auteur du récit "L'Increvable Monsieur Schneck", (Éditions Stock, 2006), du roman "Sa petite chérie", (Éditions Stock, 2007) et du récit "Val de Grâce" (Éditions Stock, 2008).