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YASMINA KHADRA - Ce que le jour doit à la nuit

genre: roman / 413 pages


auteur
image disponible Yasmina Khadra
éditeur
Julliard

  • Paru le 21-08-08

critique
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par Chloé Bouillol le 18-01-09

Algérie 1936. Un village qui ne dit rien qui vaille. Younes est le fils d'Issa, paysan qui a dédié sa vie à sa terre et en est chassé à la suite d'un incendie malveillant. Il part en ville, à Oran. Très vite, il prend conscience de la réalité urbaine et, contraint de ravaler sa fierté, confie son fils à son frère, un riche pharmacien marié à une française.

Younes devient Jonas. Son histoire est à l'image de celle de l'Algérie de cette période, prise entre deux eaux, divisée. D'une part les arabes, meurtris par des années de colonialisme et qui n'aspirent qu'à retrouver leur terre, d'autre part les français, attachés à leur terre d'adoption comme on l'est à sa propre terre. D'un côté la pauvreté, de l'autre la richesse. Quand Younes comprend que " Ce que les yeux découvrent, l'esprit l'adopte, et on pense que c'est là la réalité immuable des êtres et des choses ", il adopte Jonas. Comme il adoptera Jean-Christophe, Fabrice et Simon, avec qui il forme les " doigts de la fourche ".

Cette adoption n'est jamais définitive. Mais elle est quotidienne. Il ne cessera donc pas d'être Younes, ce qui fait de lui un héros tiraillé entre un sentiment de révolte et un regard passif sur son destin. Les événements s'enchaînent : Mers el Kebir, les américains à Oran, la libération et plus tard le début des " événements " d'Algérie. Jonas les voit, les suit, mais passe toujours à côté. Même quand il s'engage au nom de Younes, il subit cet engagement. Comme il subit sa propre histoire, celle d'un amour qui ne naîtra jamais, avorté par son serment. Dont il tâchera, trop tard, de se repentir.

On regrette parfois que cette succession d'événements ne soit pas l'occasion de plus amples développements historiques, on s'agace de la passivité de ce héros qui subit et se tait sans jamais s'interroger sur ses convictions profondes au moment où dans son pays : " Notre peuple se soulève. Il en a marre de subir et de se taire ". Et puis on comprend que c'est justement de cela dont il s'agit, de la difficulté de l'individu à appartenir au collectif, de la façon parfois impalpable et ténue dont l'Histoire joue et s'infiltre dans les destins individuels, indépendamment du degré d'implication du premier dans le second.

A ce titre, "Ce que le jour doit à la nuit" constitue en quelque sorte un appel à l'engagement. Lorsque Younes s'engage pour sa patrie, il y est contraint, mais il va jusqu'au bout. Lorsque Jonas donne sa parole, c'est parce qu'il n'a pas le choix, mais il la tient. En gardant le silence, certes, mais sans trahison. Est-ce là déjà une forme engagement ?

Comme dans "L'Attentat" ou "Les Sirènes de Bagdad", Yasmina Khadra fait preuve dans cette fresque algérienne d'une grande fibre romanesque et d'une efficacité, tant au niveau du rythme que de l'écriture. C'est aussi ce qui parfois dessert la subtilité de son propos. A quand une adaptation cinématographique?

[bio]
auteur: Yasmina Khadra
Yasmina Khadra

Ecrivain algérien né Mohammed Moulessehoul à Kenadsa.

Dès 1997, il choisir d'écrire sous un pseudonyme qui rend hommage au femmes algériennes et à son épouse : Yasmina Khadra, qui signifie "jasmin vert". Il ne révèle son identité masculine qu'en 2001, avec l'autobiographie "L'écrivain".

Sa bibliographie : "Ce que le jour doit à la nuit" (2008, Julliard), "Sirènes de Bagdad" (2006, Julliard), "L'Attentat" (2005, Julliard), "La Rose de Blida" (2005, éd. Après la lune, Paris), "La Part du mort" (2004, Julliard), "Cousine K" (2003, Julliard), "Les Hirondelles de Kaboul" (2002, Julliard,...

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